«À ce rythme-là, nous allons finir par disparaître»

L'Espagne a un gros problème de natalité

0 1 384

Par EL MUNDO

El Mundo est allé à la rencontre des habitants de Fermoselle, une municipalité de Castille-et-León (nord-est du pays), “la capitale d’une Espagne qui se vide”. En 2018, il n’y a eu aucun nouveau-né dans le village, et en 2019, une fillette est morte quelques jours après sa naissance.

À Fermoselle, il y a une aire de jeux dont le toboggan orange et les balançoires n’ont presque jamais servi. Et à côté, un énorme fronton [de pelote basque] où les enfants pourraient jouer à la balle ou à cache-cache, ou encore sauter à la corde. Ils pourraient même ne jouer à rien du tout et rester assis à regarder leur téléphone portable. Derrière l’école, il y a une pente raide que les enfants pourraient dévaler à vélo — ou en luge, quand il aurait neigé. Enfin, on y trouve un terrain de showbol et deux de basket-ball. Et après la station-service, sur le gigantesque terrain de football en gazon naturel, les enfants pourraient jouer à être Messi le temps d’un match.

Le problème de Fermoselle, un village à 63 kilomètres de Zamora et à 8 kilomètres de la frontière avec le Portugal, c’est qu’il n’a pas d’enfants. Les balançoires restent presque inutilisées, le fronton est couvert de graffitis, le gazon du terrain de football est brouté par des brebis.

Si l’Espagne a enregistré le plus faible taux de natalité de ces 20 dernières années, Fermoselle détient un triste record : c’est la plus grande municipalité d’Espagne parmi celles qui n’ont pas eu une seule naissance ces deux dernières années. “Nous sommes la capitale d’une Espagne qui se vide”, se vantent les habitants, comme s’ils avaient été choisis pour accueillir les Jeux olympiques.

En 2018, il n’y a eu aucun nouveau-né dans le village, et cette année, une fillette est morte quelques jours après sa naissance. “À ce rythme-là, nous allons finir par disparaître”, déplore le maire, de retour d’une réunion de la Junta [gouvernement de la région autonome] de Castille et Léon, au cours de laquelle 3,5 millions d’euros de fonds européens ont été débloqués pour protéger les oiseaux du Parc naturel d’Arribes de Duero.

C’est très bien que l’aigle de Bonelli ou le percnoptère ne s’éteignent pas, je ne dis pas non, mais il ne faudrait pas qu’on s’éteigne nous aussi, fait-il valoir. Qu’est-ce qu’ils vont faire quand on ne sera plus que 4 habitants dans le village ? Nous cloner ?”

José Manuel Pilo a remporté les élections municipales en mai sous les couleurs d’une plateforme citoyenne créée après les incendies qui ont ravagé le village en 2017. Il a mis fin aux 30 ans de règne du Parti populaire (PP, conservateur) et détient la majorité absolue [au conseil municipal]. Il a autant de conseillers municipaux qu’il y a d’enfants inscrits à la garderie municipale : cinq.

“On nous colle toutes les étiquettes : nous sommes l’Espagne vidée, l’Espagne rurale, l’Espagne oubliée, l’Espagne sans enfants, se plaint le maire. Quelle est la solution ? Si nous ne mettons pas en marche l’usine à enfants…” Il rit et montre sur l’écran de son téléphone portable un graphique qui ressemble à l’électroencéphalogramme d’un malade en phase terminale. En 1950, 4 300 personnes vivaient à Fermoselle, aujourd’hui la population atteint à peine 1 200, dont seulement 50 mineurs. Ici, il ne naît personne. Cette courbe n’est pas très différente de celle que propose l’Institut national de statistique [INE, équivalent de l’INSEE] pour toute l’Espagne.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.