Approche micro économétrique

Tarification et usage domestique des services d’eau algériens

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Ali Zeggagh, enseignant universitaire 

L’évaluation de la question de la tarification de l’eau potable implique la nécessite de disposer exclusivement d’évaluations de fonctions de demande et de coût ou, du moins, l’élasticité-prix (ep) de la demande et le coût marginal. L’intérêt de cette tarification est d’inciter les usagers à la consommation rationnelle de la ressource en eau, ainsi que de permettre aux gestionnaires de service d’AEP d’assurer la fourniture de service d’eau aux différents usagers tout en respectant les principes de service public. 

Nous rappelons ici que, l’estimation des fonctions de demande et de l’offre servira davantage à comprendre bien d’une part, la réaction des usagers face à une modification des prix via le coefficient d’élasticité-prix de la demande (ep) et d’autre part, à connaître le coût supporté par les établissements de gestion de service d’AEP à travers le concept du coût marginal (Cm). «Les performances des services de production et de distribution d’eau sont généralement appréhendées par le concept du coût marginal de production». Notre objectif principal est alors de faire asseoir une tarification aux ménages, tout en analysant son impact sur le bien être des usagers, à partir des résultats que nous avons obtenus, lors de la modélisation économétrique des fonctions de demande et de coût. Ces fonctions permettent de calculer à la fois, la valorisation du bien-eau pour les différents usagers et les variations du bien-être suite à l’application d’une politique économique de hausse des tarifs. L’intérêt premier de ces études est souvent de simuler la politique tarifaire, en appliquant l’élasticité-prix de la demande (ep) et le coût marginal (Cm).

Ces paramètres clés seront utilisés pour orienter une politique de gestion de la ressource en eau. Pour cela, il faut faire en sorte d’éviter tout biais dans l’estimation de ces coefficients, car l’élasticité-prix (ep) et le coût marginal (Cm) que nous avons obtenus lors de l’estimation de nos fonctions de demande et de coût, respectivement serviront à prévoir l’impact de toute politique de prix sur la ressource. Cet article contribue à la revue de la littérature empirique sur les services d’eau potable, à savoir la demande et le coût. 

L’élaboration d’une structure de tarification d’eau potable, dans le cas de l’Algérie, constitue plus d’un élément nouveau dans cette littérature. L’intérêt d’une analyse empirique dans ce pays réside en particulier dans la grande diversité des situations auxquelles font face les services d’eau : l’eau est distribuée aux ménages selon un schéma de rationnement. «Sa distribution se limite à quelques heures dans la journée ou à quelques jours dans la semaine uniquement». Les fuites d’eau dans le réseau sont estimées à 40% du volume mis à la production. 

Les eaux brutes d’origine superficielle sont de mauvaise qualité et moins importantes pour une population desservie très dense dans le Nord, et ressources d’origine souterraine sont importantes et de qualité réglementaire, pour une population moins dense dans le Sud. 

La section 2 de cet article propose un aperçu sur la méthode générale d’évaluation de la tarification à usage domestique de l’eau, basée sur les modalités de sa gestion, intégrant les différents modes de tarification. La section 3 présente en détail les données utilisées pour l’analyse empirique, provenant de documents comptables de l’Entreprise nationale des eaux (ADE) et portant sur 91 communes de six wilayas algériennes sur la période de 16 trimestres (2004-2007). 

Ces données permettent en particulier d’évaluer les élasticités-prix ainsi que des coûts marginaux et de ses élasticités. 

2- l’eau potable : tarification et usage domestique de l’eau 

Nous nous intéressons ici à l’évaluation de la structure tarifaire pour les services d’alimentation et de distribution d’eau potable (AEP). Il existe deux approches pour évaluer les performances d’une politique tarifaire : la première approche consiste à tarifer l’usage de services d’eau potable à leur coût marginal (Cm), en prenant soin d’inclure tous les coûts d’opportunité, dont ceux liés à la pollution. 

À tout le moins, nous devrions abaisser les tarifs de façon à assurer le plein accès à ces services essentiels. Cette approche est connue par les économistes sous le nom de solution de premier rang (first best). Dans le cas d’un monopole (avec rendements croissants), la tarification au coût marginal (Cm) est préconisée par les économistes car elle permet d’atteindre le maximum d’utilité collective. Toutefois, elle présente l’inconvénient de conduire à un déficit budgétaire car les charges fixes ne sont pas financées. 

L’autre approche s’appuie sur la gestion qui tient compte de la contrainte d’équilibre budgétaire dans la fixation du tarif. Elle est connue sous le nom de tarification à la Ramsay-Boiteux ou solution de second rang (second best). Si l’État n’est pas disposé à subventionner le gestionnaire, il peut appliquer la tarification de Ramsay-Boiteux, qui mène à un optimum de deuxième rang, un moindre mal en quelque sorte. «La tarification de Ramsay-Boiteux consiste à appliquer un tarif supérieur au coût marginal (Cm) afin de permettre au gestionnaire d’équilibrer ses comptes».

Plus précisément, il s’agit d’appliquer à chaque usager un prix dont l’écart par rapport au coût marginal (Cm) est d’autant plus important que les usagers sont captifs : pour simplifier, les usagers paient d’autant plus cher que le service leur est indispensable. Le modèle Ramsay-Boiteux a de nombreuses applications dans la tarification des services pour lesquels il existe un monopole naturel, notamment local. Cette solution est aussi proche que possible de celle du premier rang, et qui sert à maximiser le bien-être total des usagers en tenant compte de la contrainte d’équilibre budgétaire. 

Cette tarification, applicable dans les secteurs à coûts fixes, autorise l’équilibre financier en dissuadant le moins d’usagers possible. La tarification à la Ramsay-Boiteux permettra au gestionnaire de service d’eau potable de financer ses charges par les recettes qui proviennent du tarif de ses services. En Algérie, les agences de l’eau ont toujours été peu disposées à appliquer des tarifs efficaces, et qui auraient pu pousser les consommateurs à économiser sur leur approvisionnement en eau potable. La tarification était abordée en ce sens, mais les tarifs très bas sont restés inchangés partout dans le pays depuis 2005 et ce, malgré la pression démographique, le renchérissement du service de l’eau et la multiplication des usages domestiques qui ont rendu la consommation d’eau potable beaucoup plus sensible au prix et donc l’analyse de ses déterminants beaucoup plus pertinente. La vente de l’eau sur l’ensemble du territoire national se pratiquera à partir d’un tarif variant selon les tranches de consommation. 

A suivre

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