Approche micro économetrique

Tarification et usage domestique des services d’eau algériens

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Par Ali Zeggagh, enseignant universitaire 

En Algérie, la rareté de l’eau demeure une donnée admise du fait que les trois quarts de la surface du pays se situent en zone semi-aride, voire plus. Par conséquent, «la disponibilité de la ressource renouvelable par habitant est relativement rare. Nous ne disposons que de 470 mètres cubes par habitant et par an», alors que la Banque mondiale considère qu’il y a «rareté» sous le seuil de 1 000 m3 par habitant et par an, et définit une situation comme «problématique» dès lors que la ressource tombe sous le seuil de 1 700 m3 par personne et par an. 

L’eau est devenue en somme une denrée rare dans ce pays. Et qui dit rareté dit souvent élévation de la valeur. Assigner un prix à l’eau, ce serait un moyen d’en limiter le gaspillage. C’est ainsi que le rapport de la Banque mondiale sur le développement durable affirme que le moyen le plus efficace d’encourager l’utilisation rationnelle de l’eau est de faire asseoir une tarification économiquement efficace et socialement juste. Cet article participe à cette recherche en proposant de faire asseoir une tarification à usage domestique via l’estimation des fonctions de demande et du coût pour le service d’alimentation en eau potable (AEP). 

Notre choix s’est porté sur l’usage domestique pour plusieurs raisons : premièrement, la fourniture à l’ensemble de la population d’eau potable de qualité réglementaire, en quantité suffisante, doit être garantie. Cet usage est, à ce titre, prioritaire et retient toute l’attention des décideurs.

La deuxième raison tient au «nombre d’utilisateurs concernés, 98% des ménages sont aujourd’hui raccordés au réseau de distribution d’eau potable»  et l’impact d’une variation de la consommation, même faible au niveau de chaque ménage, peut avoir un impact non négligeable au niveau national (même si les volumes prélevés pour les usagers domestiques sont faibles en regard des volumes prélevés pour l’industrie ou l’irrigation, la consommation nette est importante). S’ajoute à cela, la disponibilité de l’information auprès des gestionnaires des services de l’eau, comme dernière raison et qui tient à la faisabilité de l’étude. 

Celle-ci concerne essentiellement, les volumes d’eau consommés par les ménages et les prix payés par les usagers de service d’AEP, à chaque tranche de consommation. Si la politique nationale de l’eau en Algérie a mis l’accent sur l’aménagement et la mise à disposition de volumes d’eau brute supplémentaires, une telle politique d’offre connaît des limites liées aux coûts très importants d’investissement mais également aux possibilités limitées d’exploitation de nouvelles ressources. L’eau est en effet associée à des coûts de transport très élevés, entre différentes régions d’un même pays, ainsi qu’à des contraintes sur sa qualité dans le cas de l’eau potable, qui nécessitent une gestion locale via des services publics locaux de l’eau. Une politique de gestion de la demande est par conséquent un complément indispensable, notamment à court terme, aux stratégies nationales assises sur l’exploitation de nouvelles ressources.

Cette gestion consiste notamment à rechercher une limitation de l’augmentation des usages par des tarifications adaptées, et une utilisation optimisée des ressources disponibles par une gestion et une organisation plus efficaces des services d’eau. Dans une telle perspective, l’étude complète de la tarification des services de l’eau potable est une étape essentielle pour des agences de régulation dont l’objectif est de mettre en place des mécanismes de gestion de la demande en adéquation avec les performances des services existants. En particulier, «le mode de tarification de l’eau potable et les modalités de sa distribution ont des impacts directs sur la structure et le niveau de la consommation, tout en étant en principe directement déterminés par l’équilibre financier des services de production et de distribution de l’eau potable». «La connaissance de la demande pour chacun des types d’usagers (ménages, industriels et agriculteurs) est indispensable pour une gestion de la ressource d’une part, efficace (affecter la ressource en eau à ceux qui la valorisent le mieux) et d’autre part, équitable (garantir l’accès à tous)», et cela via une tarification particulière de l’eau potable pratiquée en Algérie, permettant d’envisager différentes mesures de prix qui peuvent être confrontées au coût de fonctionnement des services. «L’eau est en effet tarifée selon un système progressif de paliers (Increasing Block Rate pricing)», avec un prix marginal différent pour chaque tranche de consommation. Parler de ces fonctions en eau revient à considérer l’eau comme un bien économique qu’il faut gérer, protéger et partager de façon équitable. 

Ce caractère de bien économique a été officiellement reconnu lors de la conférence internationale sur l’eau et l’environnement tenue à Dublin (Irlande) en 1992. Cet accord de principe stipule en effet que l’eau a une valeur économique dans tous ses usages concurrentiels et doit être reconnue en tant que bien économique. «La valeur de l’eau pour un usager est le montant maximum que cet usager est prêt à payer pour disposer d’une unité supplémentaire».

Cependant, comme il n’existe pas de marché proprement dit pour l’eau, il est difficile d’en estimer sa valeur. L’on doit alors se limiter à estimer des fonctions de demande et/ou de coût de production afin d’en déduire un indicateur de sa valorisation économique. L’estimation d’une fonction de demande en eau constitue un moyen parmi d’autres de mesurer la valorisation du bien eau pour un usager et de contribuer à la mise en place d’un schéma de partage efficace de la ressource.

L’objectif de cet article est de faire asseoir une tarification pour l’usage domestique de l’eau, dans une dynamique de changement imposée par l’urgence de faire évoluer les pratiques et les comportements, les modes de gestion et les usages de la ressource en eau, afin de s’adapter aux changements climatiques et d’accélérer la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD). Cette tarification permettra de contribuer à la mise en œuvre des objectifs de développement durable du point de vue des usagers, tout en tenant compte de la demande et de la structure des coûts d’exploitation des services d’AEP, qui soient plus adaptées aux impératifs de l’heure tout en puisant le meilleur parti de l’existant. 

A suivre 

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