Diversification de l’économie et incitations au secteur productif en Algérie

Etude analytique

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Zina Gomri, maitre de conférences 

Pour le cas de l’Algérie, même si la plupart de ces incitations sont censées exister depuis 2001, à travers l’Agence nationale de développement de l’investissement (Andi) et l’ordonnance n°01-03 du 20 août 2001 (portant sur les incitations fiscales et parafiscales et douanières octroyées aux investissements nationaux et étrangers réalisés dans les activités économiques de production de biens et de services), elles connaissent des difficultés de mise en œuvre.

Donc il existe quelques incitations en faveur de l’investissement productif et de l’exportation, mais elles ne sont pas suffisantes, ca d’une part, l’accès au crédit est très difficile et d’autre part les coûts de transactions sont élevés. 

En effet, un des déterminants fondamentaux de l’investissement est l’accès au crédit. Le marché financier algérien étant peu développé, le principal mode de financement pour les entreprises, outre les fonds propres, est le crédit bancaire. 

Or, l’accès au crédit bancaire est à la fois restreint et très onéreux, ce qui constitue un frein majeur pour les investissements productifs de masse. Le peu d’efficacité du système bancaire algérien est probablement l’un des facteurs importants expliquant la faiblesse de l’investissement dans l’industrie. 

C’est aussi un élément essentiel pour comprendre pourquoi la santé macroéconomique de la nation n’arrive pas encore à influencer décisivement l’économie réelle. Le fonctionnement bancaire est le chaînon bloquant qui durcit la contrainte financière des entreprises. Ajoutant à cela les coûts élevés des transactions qui pèsent sur le climat des affaires.

D’après une étude effectuée par le Cread en 2006 sur un échantillon de chefs d’entreprise, les obstacles les plus contraignants pèsent sur le climat des affaires.

Le rapport Doing Business 2012 classe l’Algérie à la 153e place sur 189 pays étudiés, enregistrant de ce fait, une perte de cinq places par rapport à 2011. Pour l’ensemble des indices pris en considération dans ce classement, l’Algérie est créditée de mauvais scores.

Cela indique clairement que l’environnement des affaires en Algérie ne s’améliore pas malgré les promesses des pouvoirs publics. Bien au contraire, il se dégrade et l’environnement n’est toujours pas favorable à l’acte d’investir, et la place qui revient à l’Algérie en est une preuve irréfutable.

  1. Les incitations institutionnelles

Finalement, les incitations institutionnelles sont celles qui posent le plus de problèmes. Dans le cas de l’Algérie, on peut parler de «désincitation» institutionnelle envers l’essor des activités productives qui se traduisent par un coût d’entrée sur le marché prohibitif pour les nouveaux acteurs économiques.

Les principaux facteurs institutionnels influençant négativement l’activité productive en Algérie sont mentionnés : 

 Lee cadre légal : cela concerne la sécurisation des droits de propriété, le règlement des litiges commerciaux, etc. 

Ce cadre légal est assez flou et semble peu fiable à beaucoup d’acteurs algériens.

 Le problème de la collusion entre le secteur privé et le secteur public, ce qui signifie qu’il existe un réseau qui remplace le cadre juridique en Algérie pour obtenir : un prêt, un terrain, une autorisation administrative, un agrément …. Ce cadre permet aux hommes d’affaires de maintenir des concurrents potentiels hors du marché.

 Le problème du foncier industriel : les terrains industriels sont insuffisants et souvent dégradés et difficiles d’accès administrativement. Le manque et la mauvaise gestion des terrains industriels et la forte spéculation dont ils font l’objet, rendent leur coût prohibitif pour les nouveaux investisseurs. 

Les nouvelles mesures prises par le Conseil des ministres du 22 février 2011 visent à :

– consacrer le gré à gré comme mode d’accès au foncier, – prévoir des abattements sur la redevance locative consentis aux investisseurs en fonction de la localisation du projet,

– améliorer qualitativement l’offre foncière à travers un important programme de réhabilitation des zones existantes, – aménager 42 nouvelles zones industrielles.

Malgré ces mesures et le fléchissement des créations d’entreprises industrielles, la demande reste toujours pressante, estime l’Aniref (Agence nationale d’intermédiation et de régulation du foncier). Ainsi, le bilan des demandes traitées par les Calpiref (Comités d’assistance à la localisation et à la promotion des investissements et de la régularisation du foncier) en 2012, laisse apparaître une montée en cadence des opérations de mise en concession. C’est ainsi que plus de 5 300 demandes ont été examinées et se sont soldées par un taux d’acceptation de 62%, en forte progression par rapport à 2011 (48%). Toutefois, le taux de rejet demeure cependant important (22%) bien qu’en baisse par rapport à 2011, exerçant une tension toujours forte. 

 Enfin, le manque de culture du secteur privé en Algérie. L’Etat joue encore un rôle central. Le secteur privé continuerait d’être mal perçu ou moins bien perçu que le secteur public. 

Le gouvernement algérien semble indéniablement vouloir tirer les leçons des chocs pétroliers précédents, en épargnant une grande partie de la rente et en utilisant l’autre partie pour promouvoir la diversification de l’économie, à travers notamment la nouvelle politique industrielle. 

L’Etat algérien se donne les moyens de réussir, en développant les incitations macroéconomiques nécessaires au développement du secteur productif à travers les deux plans quinquennaux 2005- 2009 et 2010- 2014, mais cela n’empêche qu’il existe aussi des «désincitations» au niveau macroéconomique qui sont notamment :

– une politique monétaire restrictive qui limite l’accès au crédit,

– une ouverture économique, souvent jugée trop rapide pour l’industrie : beaucoup d’entreprises ont fermé (Exemple du textile). 

Dans ce contexte, la poursuite de la mise à niveau industrielle est fondamentale. La nouvelle politique industrielle devrait prendre le relais et compléter les deux programmes de soutien à la croissance. 

Sa réussite dépendra largement des autres incitations pouvant influencer le développement du secteur productif. Ces incitations sont cependant insuffisantes et restent inhibées par le manque d’incitations microéconomiques, en particulier en termes de coûts de transactions et d’accès aux crédits bancaires et enfin et surtout par les innombrables «désincitations» institutionnelles, qui se traduisent in fine par un coût d’entrée sur le marché prohibitif pour les nouveaux acteurs économiques. Pour ce qui est du foncier industriel, la création de zones industrielles privée pourrait résoudre en partie ce problème. Enfin, la présence de la rente risque de renforcer encore les «désincitations» institutionnelles, notamment le flou du cadre légal et l’importance du réseau. En effet, la rente permet d’éviter les réformes en profondeur et favorise le maintien des intérêts en place. Les «désincitations» microéconomiques et institutionnelles risquent donc fort de compromettre l’effort de diversification de l’économie affiché par le gouvernement à travers notamment la nouvelle politique industrielle.

Il faudrait une grande volonté politique, dépassant largement celle déployée dans la nouvelle politique industrielle, pour faire évoluer les obstacles institutionnels à la promotion des activités productives.

Le défi pour l’Algérie consiste à améliorer l’efficacité de ses institutions et leur cohérence pour permettre une transformation productive de sa rente.

Suite et fin

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