« Il est impératif d’établir un classement juridique des espaces verts»

Mme Lamia Djeradi ; experte judiciaire en architecture, l’urbanisme et l’aménagement du territoire

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Mme Lamia  Djeradi experte judiciaire en architecture et présidente de la commission de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire au niveau  de l’Assemblée Populaire de Wilaya de Constantine et ex présidente de l’ordre des architectes de 2013- 2017 a bien voulu nous accorder   cet entretien dans lequel elle développe avec nous la situation des espaces verts dans la wilaya ; la capitale de l’est Algérien Constantine. Selon l’experte,  La superficie des espaces verts est en nette diminution à cause de nombreux facteurs notamment le manque d’entretien des espaces verts par les communes et les citoyens. Dans  cet entretien, Lamia Djeradi évoque aussi la situation des forets récréatives et la nécessité de la conservation du patrimoine forestier qui représente une composante très  importante pour la diversité de la qualité territoriale .

  

  

LE  Chiffre d’Affaires (LCA) : Tout d’abord, les espaces verts se présentent sous différentes formes, pouvez-vous nous donner une idée précise de la situation des espaces verts dans la wilaya de Constantine ? 

Mme Lamia  Djeradi : En effet,  les espaces verts font partie de l’aménagement du territoire, car la notion    de l’espace vert est une composante de la ville dans le cadre du Plan d’Aménagement de la Wilaya (PAW). Et ce,   pour garantir la valorisation des compétences et des ressources économiques conformément au concept de ville durable.  Et pour cette raison les espaces verts doivent exister et entretenus . à ce titre , la commission de l’urbanisme  de l’aménagement du territoire au niveau de l’Assemblée Populaire de Wilaya de Constantine a mené des recherches et une observation accentuée sur la situation des espaces verts  dans la wilaya de Constantine pour établir un diagnostic réel de la situation des espaces verts. A vrai dire, l’espace vert intervient sur quatre chants différents à savoir le premier relatif aux espaces verts dans les forêts, notamment les forts récréatifs, et les forêts naturelles. La seconde forme concerne les espaces verts dans les ensembles d’habitations. Il y a aussi la forme d’espaces verts dans les zones urbaines des villes, chefs-lieux de communes. Ainsi  que les espaces verts créés dans de grands projets et œuvres d’art, à savoir de grandes infrastructures. Il est important d’étudier ces espaces verts sous ces quatre formes.

LC/En ce qui concerne les forêts qui font partie du domaine public de l’État, pouvez  vous nous décrire leur état actuellement et celui de la de la wilaya?

Nous avons constaté qu’il y a une insuffisance concernant les espaces verts forestiers, à Constantine nous sommes à 12% de superficie  forestière, alors que la norme nationale est de 25% par rapport à la surface totale de la wilaya. Nous sommes donc à 50% des normes. Et cela nécessite  de planifier les actions pour augmenter la surface de ce patrimoine notamment en créant des nouvelles forêts récréatives tout en lançant des compagnes  de reboisement en vue de créer de nouvelles forêts. Je dois préciser que la réduction de la superficie forestière n’est pas la conséquence des incendies qui affectent l’arbre, mais nous parlons, là  de la superficie globale du patrimoine forestier.

Ce qui est constaté à Constantine, c’est qu’il y a certaines forêts qui n’ont pas encore été identifiées et qui ne font pas partie du patrimoine forestier. En d’autres termes, cette wilaya dispose d’un total de 26.118 hectares de forêts naturelles et 171 hectares de forêts récréatives. Et compte tenu de ce constat, il est nécessaire d’augmenter la superficie des forêts.

LCA/La wilaya de Constantine possède-t-elle suffisamment de forêts récréatives?

En effet, le nombre de forêts récréatives à Constantine est insuffisant, car 5 forêts récréatives d’une superficie totale de 171 hectares pour l’ensemble de la population de cette ville est très peu. En effet, la superficie de 1m2 de forêt pour un citoyen est insuffisante par rapport aux normes réglementaires prévues par la loi 07-06 du 13 mai 2007 relative à la gestion, à la protection et au développement des espaces verts. Il faut multiplier le nombre de ces forêts récréatives qui sont des lieux de détente et de loisirs aménagés en conséquence.

En d’autres termes, les pouvoirs publics peuvent octroyer par concession à des opérateurs privés le développement de ce type de forêts récréatives et cela garantira le développement du domaine forestier, qui est considéré comme un soutien à l’économie nationale contribuant entre autres à la création de postes de travail et à l’exploitation et préservation des ressources naturelles.

LCA/Concernant le périmètre urbain, les communes de Constantine disposent-elles de la superficie requise d’espaces verts conformément à la réglementation?

En ce qui concerne le périmètre urbain, la moyenne que nous avons récemment identifiée sur l’ensemble de la wilaya est d’environ 5,39 m2 pour un seul citoyen, alors que les normes sont de 10 m2 pour un habitant. au sein des douze communes, le taux diffère d’une commune à l’autre, par exemple à Constantine la moyenne des espaces verts du périmètre urbain est de 9m2 pour chaque citoyen. Contrairement à d’autres communes, la moyenne n’atteint même pas 1m2 par habitant, comme c’est le cas de la commune d’Ain Smara qui dispose de 0m2 d’espaces verts dans son périmètre urbain. Même constat pour la commune d’El khroub qui est une grande agglomération urbaine sans espaces verts nécessaires, alors que les espaces verts représentent donc un réel atout au niveau personnel et public

En effet, et selon la réglementation en vigueur, la présence d’espaces verts doit correspondre à une proportion estimée à un habitant pour dix m2 d’espaces verts. par exemple, s’il y a dix habitants dans une zone urbaine, les espaces verts doivent être estimés à 100 m2 (10 x 10) et s’il y a 1000 habitants dans une agglomération, la réglementation exige un total de 10000 m2 d’espaces verts.

LCA/En termes de maintien de la nature en ville, notamment dans les nouveaux centres urbains construits, les habitants entretiennent-ils ces espaces verts?

En effet, au niveau des grandes agglomérations et ensembles urbains, les espaces verts sont prévus par des permis de construire dès le début de la construction des  cités. Ce que nous avons remarqué, c’est que nous créons des espaces verts dans les différents programmes de logement construits, notamment pour les différentes formules de logement, sauf qu’après deux années d’occupation, les espaces verts créés se détériorent complètement et  se dégradent en raison du manque d’entretien par les occupants des nouvelles villes construites. Cet état dégradé, largement observé, est la conséquence du manque d’associations de quartier responsables de l’entretien de ces espaces naturels indispensables au bien-être du citoyen. Les habitants doivent donc se regrouper en syndicats et associations de quartier pour entretenir ces lieux.

Il faut encourager la concurrence entre les différents nouveaux  quartiers en vue d’instaurer la culture d’embellissement urbanistique et de loisir et de développer le sens urbanistique et environnemental chez les citoyens. De plus les espaces verts  représente 20% des parties communes dans les grandes habitations. Donc l’Etat est entrain de réaliser mais la gestion relève des habitants. Autrement dit, les citoyens doivent participer dans la vie communautaire en gérant ces espaces verts.  Concernant les grands projets d’infrastructures, nous avons constaté que les espaces verts de ces projets sont en bon état puisqu’ils sont gérés par des EPIC spécialisés qui ont réussi à entretenir ces espaces verts. Ces EPIC travaillent selon des  bons de commande de la wilaya. et le résultat, se résume dans la situation de ces espaces verts qui est excellente. Tandis que les régions ( les espaces verts) dépendant des communes et leurs états reste très dégradés.

LCA/Les pouvoirs publics ont-ils réussi à entretenir et gérer les espaces verts?

   En fait , l’État a accordé de l’importance aux espaces verts à travers la loi n ° 07-06 du 13 mai 2007 relative à la gestion, la protection et l’aménagement des espaces verts. Cependant, depuis 2007, il existe un inventaire de classement des espaces verts. En revanche, les communes (APC) n’ont pas appliqué cette loi  pour assurer l’entretien des espaces verts dont ils dépendent et ce pour des raisons inconnues. La commune doit appliquer le texte de la loi comme et la réglementation ayant rapport avec l’environnement , la wilaya de son coté continue à gérer correctement les grands espaces publics tels que les grands parcs urbains, les grands espaces urbains et ce selon les moyens disponibles. Il a été constaté que les APC ne participent pas et ne fournissent pas  et ne dégage aucun chiffre d’affaires pour l’entretien des espaces verts en plus les services de la wilaya ne peuvent pas tout prendre en charge.

Entretien réalisé par Chahinez Djahnine 

 

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