Inadéquation entre la formation et le marché du travail

Employabilité des jeunes

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En dépit des budgets colossaux déboursés par l’Etat pour l’éducation, la formation et la mise en place de dispositifs d’insertion économique, le chômage de jeunes persiste et demeure une éternelle menace à la cohésion sociale. Des experts et chercheurs universitaires du Cread ont présenté, hier à Alger, une étude sous le thème : «La jeunesse algérienne : vécu, représentations et aspirations», lors d’une rencontre organisée par le Forum des chefs d’entreprise (FCE). 

 

En effet, selon le diagnostic présenté par ces chercheurs, il y a un grand fossé entre la sphère de formation et celle du marché du travail. Dans ce cadre, le statisticien-économiste Nacer Eddine Hamouda a relevé que la plupart de jeunes ont un niveau moyen. Toutefois, il a souligné des incohérences entre les jeunes formés et le marché du travail.

La population juvénile des 15-29 ans est composée de près de onze millions de personnes et représente 26% (loin des 70% souvent avancés par les médias) de la population algérienne totale.  Au vu de la structure de la pyramide des âges, elle va, précise-t-il, diminuer en valeur absolue durant les cinq prochaines années.

Elle est constituée de trois catégories de situation d’égale importance : ceux poursuivant leurs études ou en formation, les travailleurs y compris à titre informel et enfin, ceux qui ne sont ni dans l’une ni dans l’autre situation (NEET).  

«Le nombre de jeunes de 15 à 29 ans, objet de notre étude, a été estimé à 10 465 656 personnes, soit 26,1% de l’ensemble de la population algérienne résidente totale. Il représente 41,9% de l’ensemble de la population en âge de travailler. Selon les caractéristiques des jeunes, les garçons représentent 50,8% de l’ensemble des jeunes et les femmes 49,2%. On remarque que les filles sont plus nombreuses à fréquenter les universités par rapport aux garçons, mais dans le marché du travail, c’est autre chose. Sur les 38% ayant un diplôme, seulement 16,5% travaillent et 45% autres n’ont fait ni étude ni possèdent un emploi (NEET). Chez les garçons, 39,7% d’entre eux occupent un emploi, 29% sont des étudiants et 30% des NEET», a-t-il détaillé. M. Hamouda a fait savoir également que deux tiers des jeunes ont un emploi précaire (non déclarés à la Cnas, sans contrat et de bas salaires). En effet, 29% de jeunes (10 ans d’études) non salariés percevaient un salaire moyen de 33 000 DA et 25 000 DA pour 71% de jeunes (salariés). Concernant les universitaires, l’ex-directeur du Cread a indiqué que 1/5 se trouve en chômage. Pour lui, «si on n’utilise pas ce capital humain, on perd sa valeur».

S’appuyant sur ladite étude élaborée durant la période (2015-2017), M. Hamouda a affirmé qu’un changement profond s’opère au sein de la société algérienne, d’où la nécessité de revoir notre stratégie et pratiquement tous les programmes de formation qui doivent s’accommoder avec le marché du travail. 

Hassen Souaber, statisticien d’enquête et expert associé au Cread a souligné pour sa part que le niveau de formation est inadéquat avec les besoins du marché du travail. A cet effet, il a appelé à l’implication des opérateurs économiques dans l’élaboration des programmes de formation. Concernant l’employabilité de femmes qui demeure faible, malgré leur niveau élevé de formation, M. Souaber a estimé qu’il est primordial de faire un diagnostic pour trouver une solution à cette problématique qui porte préjudice énormément à la trésorerie de l’Etat. 

Parmi les autres facteurs du chômage chez les jeunes en Algérie, Mustapha Amarane  dira «c’est l’assistanat». «Nos jeunes sont nés dans un contexte où l’Etat fait tout. On demande tout à l’Etat. Les jeunes n’ont pas la capacité de passer à l’entrepreneuriat. La plupart des jeunes veulent travailler dans la Fonction publique», a-t-il expliqué. Mohamed Sayoud, expert en investissement présent à cette rencontre ayant pour thème «Jeunesse algérienne : menace ou opportunité démographique»,  a indiqué que l’Algérie doit revoir son système de formation professionnelle qui n’est pas à la hauteur, et également améliorer les conditions d’investissements, tout en luttant contre l’économie informelle. La vice-présidente du FCE Nacera Haddad a plaidé pour l’instauration d’une école de deuxième chance pour les jeunes ayant échoué dans leur cursus solaire, la reforme des programmes de formation et l’encouragement de l’entrepreneuriat qui est un vecteur du développement de l’économie nationale.

 

Par Zahir Radji

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