Investir d’abord dans la sous-traitance

Industrie automobile en Algérie

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Par Zahir Radji 

Des opérateurs économiques activant dans le domaine automobile ont qualifié le taux d’intégration de 30%  fixé par le cahier des charges régissant cette activité de trop élevé et d’irréalisable sur le terrain. Pour eux, l’Algérie n’a pas encore un tissu industriel adéquat pour atteindre ce taux d’intégration. 

 

Dans ce cadre, le président de l’Association des concessionnaires automobiles, Youcef Nebbache,  a précisé que le taux initial ne devrait pas dépasser le seuil de 5%. Afin d’illustrer ses propos, l’invité du forum Echaab a fait savoir qu’un pays, qui avait lancé dans le domaine du montage des bus depuis 1996, n’a atteint que le taux de 28%. 

C’est pour cela, dira-t-il, qu’il y a lieu de revoir ce taux à la baisse, en préconisant de revoir toute la stratégie du gouvernement concernant cette activité naissante. M. Nebbache a estimé qu’il est préférable de commencer par le développement d’un véritable tissu industriel de la sous-traitance, en faisant appel à des équipementiers leaders dans le domaine. Il a fait savoir que l’Algérie a un marché de 1,2 milliard de dollars de pièces de rechange. C’est une véritable opportunité pour les investisseurs, dira-t-il, en précisant que l’investissement dans ce domaine ne nécessite pas de grands capitaux. Et d’ajouter : «Le développement de la sous-traitance permettra à l’Algérie de se lancer dans l’industrie automobile avec des taux d’intégration appréciables».

Une doléance que le ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali ne veut pas entendre en précisant que ces dispositions ne constituent pas des conditions «insurmontables». «Dans un passé récent, les véhicules vendus par des assembleurs locaux étaient plus chers avant l’application des incitations fiscales. De plus, l’Etat n’a pas bénéficié de cette politique de soutien», avait souligné M. Aït Ali Braham.

Un avis que Amine Cheriet, ex-représentant de la marque Kia en Algérie, ne partage pas, estimant que le système CKD/SKD  était une bonne expérience pour l’Algérie et que les erreurs du passé incombent aux autorités n’ayant pas mis en place les mécanismes de contrôle nécessaire. Cet opérateur a plaidé pour l’organisation au préalable d’une rencontre nationale, en faisant appel à tous les acteurs de ce domaine afin de fixer les objectifs de la stratégie nationale pour la création de cette nouvelle filière industrielle. 

Pour lui, actuellement l’Algérie n’a pas une vision claire à moyen terme. Ceci, indique-t-il, pèse lourdement sur le domaine de l’investissement. D’ailleurs, des étrangers n’ont pas omis, affirme-t-il, à exprimer leur crainte quant à un changement éventuel de cette loi. «L’obstacle majeur pour nous, c’est le manque d’une réelle visibilité sur l’avenir de l’activité d’importation et d’industrialisation de voitures en Algérie», a souligné Amine Cheriet. 

Le président du Conseil national consultatif pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (CNCP de la PME), Adel Bensaci, a estimé dans une déclaration à la Radio nationale que l’installation de constructeurs automobiles en Algérie pour investir dans l’industrie automobile «favorisera les usines des autres pays et ne favorisera nullement l’industrialisation du pays».

Pour lui, une industrie automobile intégrée nécessite d’arriver à des fabrications de 150 000 véhicules par modèle minimum pour être rentable, a-t-il expliqué, en ajoutant que «si on n’est pas dans cette structure mentale de dire que nous voulons rapporter des devises à l’Algérie par l’exportation, ce sera faire du montage encore une fois pour faire du montage, et ça ne sert à rien et on n’y arrivera pas».

Concernant la relance de l’activité de l’importation de véhicules, les deux experts ont critiqué sévèrement la manière avec laquelle le dossier est géré par le département de Ferhat Aït Ali. Dans ce cadre, Nebbache a fait savoir que les pré-agréments seront distribués le 18 janvier et qu’aucune date n’est encore fixée pour l’agrément final. Une opération qui nécessite beaucoup de temps ! «Avec la cadence actuelle, les premières voitures arriveront en Algérie à partir de juin ou juillet prochain», a-t-il relevé. Enfin, les deux opérateurs économiques ont appelé au retour de l’importation de voiture de moins 3 ans par notre compatriote à l’étranger. 

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