Investir la rente pétrolière dans l’industrialisation

Diversification de l’économie algérienne

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Par Zahir Radji 

Pour un grand nombre de pays à bas et moyen revenu, le défi du développement est synonyme de défi de la transformation structurelle et de diversification des exportations, loin de la dépendance vis-à-vis des ressources naturelles. 

 

Il est clair que la diversification des exportations dans les pays riches en ressources est considérée comme essentielle pour protéger les économies locales des chocs externes et soutenir la croissance économique. Cependant, en Algérie les hydrocarbures représentent toujours plus de 95% des exportations. Est-ce que cette dépendance aux hydrocarbures est-elle une fatalité ? Pourquoi notre pays n’a-t-il pas réussi à amorcer une véritable transition économique ? Quelle place pour la diversification économique ? Comment mettre fin à la malédiction de la rente pétrolière ? Ce sont autant de questions auxquelles l’investigatrice algérienne Tin Hinane El Kadi, chercheuse au London School of Economics, a tenté de répondre lors d’une visioconférence (E-matinale) organisée avant-hier soir par le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), placée sous le thème : «Rente pétrolière et diversification des exportations : une cohabitation impossible ?».

En examinant l’évolution de la gouvernance pétrolière et de la politique industrielle de l’Algérie depuis l’indépendance à travers des outils d’économie politique, cette analyse conteste, dira-t-elle, les théories déterministes, telles que la théorie de la malédiction des ressources naturelles et met en évidence le rôle essentiel des coalitions politiques au pouvoir, et des idéologies dominantes dans la détermination des efforts de diversification. Selon Tin Hinane El Kadi, à partir de 1988, où le pacte politique s’est fragmenté, «l’Algérie passe à un capitalisme de copinage peu productif hyper concentré sur les exportations de pétrole». Les dirigeants de l’époque se contentaient seulement à la gestion de la manne pétrolière, sans toutefois, consentir des efforts dans la construction d’une véritable industrie nationale. Les chiffres présentés par l’analyste sont à l’appui : «Les investissements dans l’industrie sont passés de 59% du PIB en 1980 à 4% seulement du PIB en 1997».

Cette politique de désindustrialisation a été suivie par une ouverture «sauvage» du commerce extérieur. Ceci, indique-t-elle, a conduit à l’émergence d’une nouvelle classe d’importateurs. En 1995, l’Algérie avait seulement 702 opérateurs privés qui s’étaient joints à 158 sociétés publiques pour importer près de 3,9 milliards de dollars de biens. En l’espace de deux ans (1997), le nombre d’opérateurs privés avait atteint 24 000 ! Ces chiffres montrent clairement la dépendance de notre pays aux marchés étrangers dans divers domaines et l’absence d’une vision claire permettant la diversification de notre économie et la relance de l’industrie algérienne.

Afin d’illustrer ses propos, Tin Hinane El Kadi a fait une simple comparaison avec un pays voisin non pétrolier (le Maroc). «En 2017, l’Algérie a exporté 42% de gaz, 34% de pétrole brut et 18% de pétrole raffiné. Le Maroc a exporté durant la même période, 5,4% de produit de confection, 6,8% de produits chimiques et minéraux, 3.3% de tomates, et encore d’autres produits agricole, de la mer, industriels et miniers», a-t-elle détaillé.

Pour cette économiste, afin de contrecarrer les effets du syndrome hollandais, «nous devons investir la rente pétrolière dans l’industrialisation et la mise à niveau technologique».

A cet effet, et afin d’atteindre l’objectif escompté, à savoir une économie diversifiée, préconise-t-elle, les institutions multilatérales doivent avoir des politiques de réformes plus intelligentes. D’ailleurs, ajoute-t-elle, «la diversification industrielle placera les entreprises dans un cycle vertueux d’apprentissage par l’exportation». Il est à noter que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est engagé de mettre en place un nouveau modèle économique diversifié et indépendant des hydrocarbures. Il sera basé sur l’industrie, l’agriculture et l’économie du savoir.

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