La Banque d’Algérie appelée à revoir ses instruments d’intervention

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Manque de mobilisation de l’épargne publique

Plusieurs raisons sont à énumérer en ce qui concerne le manque de mobilisation de l’épargne en Algérie, dans une conjoncture économique cruciale, qui voit les moyens de financement budgétaire se rétrécir, alors qu’une masse monétaire en circulation hors circuit officiel est en développement, constituant ainsi un défi aux pouvoirs publics. L’économie, ne supportant pas cette dualité entre un secteur officiel travaillant sous la contrainte de la réglementation et un secteur non officiel, libre de tout engagement envers l’Etat et la société, ne pourra jamais dans ces conditions, atteindre le niveau de performance lui permettant de créer plus de richesse dans le pays.


Par Abdelkader Mechdal Economiste 

Le premier responsable de la Banque d’Algérie considère qu’il ne faut pas incriminer le système bancaire à lui seul, et le rendre responsable du manque de la mobilisation de l’épargne dans le pays, pour justifier une situation où une masse monétaire de l’ordre de 5 000 milliards de dinars (quelque 42 milliards de dollars US), soit en circulation dans le marché sans qu’elle soit sous contrôle de l’autorité monétaire. En fait, cette dernière ne peut en aucun cas se démarquer de la responsabilité pour trouver les solutions à cette situation, puisqu’elle détient les moyens techniques pour mobiliser l’épargne, par le biais des instruments du marché monétaire et ceux en relation avec le marché financier.

La notion de risque, qui guide le comportement des agents économiques qu’ils soient des individus ou des entreprises, en matière d’utilisation et de placement d’argent, pousse ces derniers à faire le choix quant au recours ou non, à un marché officiel garantissant une rémunération de l’argent à un niveau réglementé par la Banque centrale, ne dépassant pas les 2.5% de taux annuel sur les livrets d’épargne, et peu de moyens efficaces de règlement des transactions. Cette même Banque centrale est responsable aussi de faire les comparaisons qu’il faut entre le taux d’intérêt proposé sous sa coupe, et le taux d’inflation sur le marché. Là, il n’est un secret pour personne que de constater que ce dernier est toujours supérieur en valeur, ce qui fait que le taux d’intérêt réel est négatif, ce qui veut dire que les épargnants subissent une perte effective du pouvoir d’achat de leur argent, ce qui les poussent à chercher une meilleure rentabilisation hors du circuit bancaire.

L’autre faiblesse structurelle est en relation avec les possibilités de placement d’argent proposées par la Bourse d’Alger, qui ne fait, en tant que marché financier, que travailler avec l’argent des épargnants, mais dans ce cas, il devient difficile de mobiliser l’épargne avec la titrisation qui touche 5 entreprises seulement, dans un marché qui fait ainsi exception dans le monde entier, avec cette faiblesse du nombre de sociétés cotées. Plus que ça, les transactions enregistrées dans la Bourse sont de valeur très faible, reflétant la liaison faite par les détenteurs des titres déjà vendus, entre leur placement et sa rentabilisation annuelle nettement supérieure que ce qui est proposé par la rémunération bancaire.

Les détenteurs de titres n’ont pas de meilleures alternatives pour le placement de leur épargne en circuit officiel, ce qui les pousse à s’abstenir de les vendre sur le marché, remettant tout ce dernier à un niveau de variation tendant à zéro. Dans cette situation, la seule attirance possible pour les épargnants est le marché parallèle, qui offre des avantages liés au dépassement de toutes les contraintes réglementaires, et la possibilité de trouver une meilleure rémunération de leurs placements d’argent dans des opérations à très court terme, limitant ainsi le risque lié à son utilisation. En fin de compte, c’est l’alimentation de la masse monétaire circulant sur le marché parallèle qui prospère, devant un regard des autorités publiques qui ne font rien depuis des décennies, pour remédier à cette situation, origine de maux causés à l’économie nationale.

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