«La création d’un Mall des métiers traditionnels est une nécessité»

Nacerddine Benarab, directeur de la « CAM » de Constantine au «Chiffre d’Affaires»

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Dans le cadre de la convention établie entre le ministère du Tourisme et de l’Artisanat et l’Union européenne depuis huit ans, la dinanderie de Constantine vient d’être labellisée. Il s’agit du premier métier artisanal à être certifié sachant que    les artisans devront se conformer à la réglementation en vigueur dans les pays d’exportation, qui imposent des conditions strictes aux différents stades de fabrication, notamment le plissage et le ciselage. 

En effet, la dinanderie de Constantine sera le premier métier  traditionnel à être labellisé en Algérie, et ce, après la mise en œuvre du programme  intitulé «Appui pour l’élaboration des procédures de mise en œuvre des labels de qualité pour les  produits de l’artisanat en étant marque collective» . L’objectif est de développer le système management de qualité des entreprises de l’artisanat, tout en développant la qualité du produit ainsi que les capacités professionnelles des artisans concernés. A cet effet, Nacerddine Benarab le directeur de la Chambre de l’artisanat et des métiers  traditionnels (CAM) de Constantine a bien voulu accorder un entretien pour le quotidien national et de l’économie et des finances «Le Chiffre d’Affaires».  A travers cette interview, il a développé avec nous plusieurs sujets en relation avec le secteur de l’artisanat d’art, en abordant l’événement de la 16e édition du salon national de la dinanderie, dont le coup d’envoi a été donné le 12 janvier dernier, lequel a pris fin hier, au Palais de la culture Malek-Haddad.

«LCA » : La dinanderie de Constantine sera la première  activité à être labellisée, selon les normes internationales, par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat. Le but vise  l’exportation du produit artisanal algérien vers le marché étranger, n’est-ce pas ?

Nacerddine  Benarab : En effet, à partir du 1er semestre de  l’année 2020, la tutelle, à savoir le ministère du Tourisme et de l’Artisanat représenté par un comité local au niveau de la CAM de Constantine, commencera le processus d’évaluation   des dinandiers. À la fin de cette évaluation, certains remporteront «le label de qualité dinanderie de Constantine. . Les artisans concernés seront ceux qui auraient respecté le cahier des charges. 

Ainsi, lesdits artisans devront respecter non seulement les normes relatives aux qualifications professionnelles, mais aussi les normes relatives aux critères de production du produit artisanal, selon  le cahier des charges. Les artisans évalués auront le label de qualité en question et leurs produits seront identifiés par une sorte de logo à savoir un poinçon percé sur les objets fabriqués et ce, aux fins d’identifier la propriété de la marque collective «Dinanderie de Constantine». 

Ce label de qualité est une référence qui devra augmenter, d’une part, les ventes des produits, tout en valorisant le savoir-faire de nos artisans et d’autre part, soutenir le programme au développement de procédures de mise en place de labels de qualité pour les produits artisanaux en étant une marque collective». Cette opération devrait concerner par la suite d’autres métiers artisanaux sélectionnés par le ministère à travers des formations qui concerneront des entreprises artisanales. Ces  formations porteront sur les procédures de gestion, de fabrication et de création des produits artisanaux, afin que les artisans puissent décrocher les labels de qualité identifiant pour l’artisanat d’art algérien.

Un afflux important de visiteurs a marqué la 16e édition du salon national de la dinanderie de Constantine, quelles  sont les nouveautés de l’édition 2019 ?   

La Chambre de l’artisanat et des métiers traditionnels  de Constantine a organisé cette 16e édition  du salon national  de la dinanderie, qui est un salon thématique dont le but est de faire de la Ville des Ponts un pôle d’excellence de l’art artisanal  de la dinanderie, en dépit d’un arrêt qui a duré plus de trois ans consécutifs. De plus, la dinanderie est un métier ancestral conservé attaché depuis siècles par des familles locales. Actuellement, plus 70% des artisans inscrits à la CAM  Constantine, à savoir environ 160 000 artisans sont versés dans ce créneau ancestral. Pour cette édition du salon, nous avons noté une forte participation de 40 exposants dont 25 représentant cinq wilayas du pays à savoir (Sétif, Batna, Adrar, Tizi Ouzou, et Béjaïa). Par exemple, l’artisan qui vient de la wilaya  de Batna a bénéficié d’une formation dans les métiers artisanaux du cuivre travaillé ici à Constantine, tandis que l’artisan qui représente le Sud algérien (Adrar) participe en exposant de magnifiques œuvres d’art qui sont des «épées» travaillées en cuir et en argent symbolisant l’héritage ancestral des Touareg algériens. En ce qui concerne les perspectives  de ce salon thématique, nous sommes en train de multiplier des formations en direction des jeunes pour assurer la promotion de l’artisanat d’art. Dans ce sens, nous avons comptons également concrétiser l’investissement dans ce secteur artisanal en accordant une dimension économique à la pratique de la dinanderie, en sus de la dimension sociale qu’elle revêt et celle de la protection du patrimoine.     

Comment allez-vous œuvrer pour accompagner les artisans dans le processus de commercialisation du produit  artisanal ?  

La CAM de Constantine compte plus de 22 000 artisans inscrits au registre national de l’artisanat, dont plus de 5 000 inscrits aux métiers de l’artisanat d’art. Actuellement, ces artisans exercent pleinement leurs métiers. Cependant, plusieurs d’entre eux ont leurs propres locaux et ateliers, et beaucoup d’autres  travaillent à domicile. D’ailleurs, plusieurs personnes enregistrées ont bénéficié des locaux distribués par les pouvoirs publics, notamment au niveau des nouvelles agglomérations. 

Je  dois préciser, en ce sens, qu’ à  chaque fois qu’il y a une distribution de locaux, la grande partie est réservée aux artisans.  Cela traduit, en réalité, l’intérêt des pouvoirs publics vis-à-vis des métiers traditionnels, notamment  dans le cadre des dispositifs Angem, Cnac, Ansej. Cependant, le meilleur moyen de redynamiser le secteur de l’artisanat est de créer un «Mall de l’artisanat» qui réunira tous les métiers algériens ancestraux. Et pourquoi ne pas créer ce genre de Mall ici à Constantine, compte tenu de son histoire trois fois millénaires. Si jamais, ce projet se concrétisera, la Ville des Ponts sera  la pionnière dans le secteur de la fabrication artisanale. Il est clair que cela contribuera à l’essor de l’activité économique sous différentes formes et relancera par conséquent le créneau touristique.

Quelles sont  les actions programmées pour relancer les  différents métiers artisanaux ?

Nous œuvrons pour restaurer le métier de confection des  bijoux traditionnels. A vrai dire, la CAM de Constantine veut ressusciter le métier de confection des bijoux traditionnels dont celle d’or et d’argent. Je  précise, il y a eu une époque, où cet art artisanal était très pratiqué. En plus, Constantine était la première région qui fournissait des bijoux traditionnels au marché national et à l’est du pays. Cette profession s’est développée dans la wilaya de Batna.  Maintenant, nous sommes en train de tout planifier pour créer des espaces dédiés à la promotion du secteur de la bijouterie traditionnelle, où de jeunes artisans seront pris en charge par les Centres de formation pour leur apprendre les bases et les secrets du métier. En outre, nous œuvrons pour conserver la tradition  du salon national de la dinanderie, et pourquoi ne pas créer la fête ou le festival annuel de la dinanderie pour transmettre les secrets de ce métier à la nouvelle génération ?

 

Entretien réalisé par Chahinez Djahnine

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