L’Algérie en besoin d’aide technique pour réformer son système d’aides sociales

Il constitue un lourd fardeau sur le budget de l’Etat

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Le fait que l’Algérie a fonctionné avec un système d’aides sociales généralisées, c’est qu’il était le résultat d’un choix public hérité de l’ère socialiste, d’une part et du fonctionnement des institutions de l’Etat sur une base de vision purement rentière de l’autre part. 

 

Les autorités publiques ayant choisi de distribuer la rente pétrolière sans distinction entre les gens aisés et les autres pauvres, ont eu en fait, beaucoup de mal à s’en séparer, ce qui a créé dans le fil du temps un lourd fardeau sur la finance de l’Etat.

C’était voulu, oui, que l’Etat distribue des aides sociales pour tous, dans un souci affiché de préserver le pouvoir d’achat, se basant sur le fait que le pétrole est une richesse nationale, et la rente qui en résulte de sa vente, doit être répartie d’une façon automatique et ouverte dans la société. Cette vision a été défendue d’une manière singulière par les décideurs, jusqu’à un passé très récent, puisque le Premier ministre en exercice à mai 2017 a tenu des propos à l’occasion de l’élaboration de la loi de finances de la même année, en faveur du maintien de l’aide sociale pour tous, considérant que la politique poursuivie interprète la volonté de l’Etat de continuer à distribuer la rente pétrolière, à travers, entre autres, la subvention des prix du carburant à la station.

Une vision qui a contribué en fait à alourdir le fardeau de la dette publique, dans une situation où les aides sociales directes et indirectes communiquées officiellement par le ministre des Finances, avoisinent les 3 600 milliards de dinars, c’est-à-dire l’équivalent de presque 30 milliards de dollars US, ce qui absorbe la quasi-totalité des rentrées annuelles des hydrocarbures du pays. C’est une situation chaotique pour une économie déstructurée, dépendant entièrement de la rente pétrolière, pour ce qui est de la production de la valeur ajoutée, ce qui mène à une dette publique estimée à 40% du PIB annuel, difficilement supportable en se basant sur les rentrées publiques.

Avec les perspectives d’un marché pétrolier en crispation, les autorités publiques prises de panique ont eu à revoir leur copie en décidant d’abandonner la politique de l’aide généralisée, pour une vision qui se veut plus réaliste, qui prône désormais le ciblage en matière de l’octroi de l’aide sociale, pour faire en sorte de faire en bénéficier les gens les plus vulnérables à faibles revenus. Mais la chose n’est pas aisée, puisque l’exercice d’une telle politique suppose avoir un système d’information fiable qui doit être actualisé d’une façon continue, dans le souci d’assurer une justice sociale, et libérer l’Etat de la situation de gaspillage des ressources difficilement renouvelables. 

Ce qui est sûr, c’est qu’un tel système aura besoin d’un travail technique pour établir de nouvelles règles de distribution de l’aide sociale, ce qui aura besoin de temps pour sa finalisation, vu le manque de données sur les gens dans une situation vulnérable, ce qui pousse en fait les pouvoirs publics à demander l’expertise de la Banque mondiale, qui a dû étudier des cas de pays similaires à l’Algérie, ce qui aboutirait à mettre en œuvre un système d’aide ciblée. Pour le moment, l’Etat va se contenter à continuer sa démarche qui consiste à revoir les tarifs de certains produits subventionnés, ce qui lui permettrait de réduire ses engagements budgétaires.

Par Abdelkader Mechdal Economiste

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