«Le climat des affaires n’était pas favorable pour les investisseurs»

Mohamed Amine Boutalbi PDG du CAAID

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Entretien réalisé par Naima Allouche

Créé en 2011, le Centre Arabo-africain d’Investissement et de Développement (CAAID), a pour mission, comme son nom l’indique, de  promouvoir l’investissement, la coopération et le commerce entre le monde arabe et les pays d’Afrique. Le CAAID ambitionne également de faire adhérer d’autres pays en dehors des deux régions arabe et africaine dans la perspective d’une économie diversifiée et universelle. Dans le cadre de son émission « Débat économique » Le chiffre d’affaires a invité le PDG du centre  M. Mohamed Amine Boutalbi, pour nous parler des missions principales du CAAID et les perspectives de son travail.

 

LCA : Pourquoi vous avez encouragé l’adhésion des pays appartenant à d’autres continents au CAAID alors qu’il contenait que les pays arabes et africains ?

Med Amine Boutalbi : d’abord il faut préciser que le Centre Arabo-africain a inspiré son nom du mot arabe Caïd c’est-à-dire le leader. Officiellement, le CAAID existe depuis 2011, mais réellement nous avons entamé notre activité fin 2008. La cible du CAAID est le monde arabe et les pays africains. Pour nous l’opportunité réelle est l’Afrique parce que c’est un continent visé par les grandes puissances qui ont investi dans de grands projets économiques, ce qui a crée une dynamique entre le nord et le sud. De ce fait nous ne pouvons pas négliger les autres pays du monde. Notre objectif, depuis que nous avons commencé, est d’avoir des opportunités d’investissement en Afrique et mettre les entreprises en B to B et établir des relations entre les institutions de l’Etat et les entreprises B to C. Le CAAID a joué un rôle important dans les pays africains, en effectuant des missions d’investissement en partenariat et en attirant les instances internationales, en effet nous avons entamé des actions au Cote d’Ivoire, Maroc, Tunisie, Égypte, Emirats, l’Arabie saoudite. Nous sommes également en collaboration avec plusieurs institutions telles que la banque islamique de développement, la Ligue Arabe, l’Union Africaine. Parmi nos principaux objectifs est de prospecter des financements au sein des fonds d’investissement dont l’Algérie participe par des cotisations annuelles depuis des années mais sans retour malheureusement, à savoir la banque arabo africaine d’investissement, le FAO, etc. Il est à rappeler que l’Algérie est parmi les 7 premiers pays fondateurs de la Banque islamique de développement. Aujourd’hui, elle regroupe 114 pays dont beaucoup ont bénéficié de ses dons  sauf  l’Algérie. Son investissement en Algérie est très faible par rapport à la Turquie, Maroc, Tunisie, l’Egypte, Sénégal, Nigeria, Niger, Cote d’ivoire ou Mali. Même la Russie a bénéficié de cette banque dont l’Algérie est un membre fondateur mais il n’en a rien gagné. Cette situation nous a poussés à bouger pour attirer ces instances vers l’Algérie et le faire bénéficier de ses fonds et dons pour l’investissement. Aussi parmi les missions principales du CAAID est de promouvoir le produit local dans les pays du continent africain et l’exporter ou réussir à tisser des partenariats entre opérateurs économiques. Notre centre, outre sa participation dans plusieurs manifestations à travers le monde, notamment les rencontres africaines, il a organisé de grands évènements en Algérie, au Maroc et la Tunisie, bien sur en partenariat avec des établissements financiers et les entreprises de ces pays. En parallèle, le CAAID est adhérent dans plusieurs institutions, tel que le Congrès Arabe et l’union arabe des expositions internationales. Pourquoi notre participation s’est élargie à ces pays et leurs organisations économiques parce que nous sommes convaincus que notre participation à des rencontres à travers le monde, fait partie de l’action marketing en faveur de notre pays.

 

La question de la règle 51/49 a été tranchée, ce qui va permettre aux étrangers d’investir en toute souplesse. Est-ce que l’Algérie dispose aujourd’hui des nouveaux mécanismes pour attirer les investissements hors hydrocarbures ?

Pour vous dire la vérité, la règle 51/49 n’a jamais été le problème pour l’investissement en Algérie. Certes, cette loi a été un frein aux investisseurs étrangers et nous avons demandé son abrogation. Mais le vrai blocage de l’investissement chez nous c’est la bureaucratie de l’administration qui constitue un énorme obstacle et crée un mouvement flou.  Le climat des affaires n’était pas favorable pour les investisseurs. Pour investir chez nous il faut être un député, et nous faisons fuir les investisseurs qui cherchent des pays prospères mettre leur argent dans des projets en toute sécurité. C’est-à-dire la sécurité de l’Etat ou la sécurité de ses lois. Chose que l’Algérie ne possède pas puisqu’il change ses lois de mois en mois. Comment un opérateur peut débloquer des montants importants dans un environnement instable dépendant de certains lobbys français qui œuvrent pour casser toute initiative contre les intérêts de ce pays en Algérie. Comme l’a déclaré le président de la République on devait se libérer de la dépendance pour faire prospérer notre pays. Donc il faut mettre fin à cette liaison à l’administration française qui a contribué à la détérioration de notre économie. A chaque occasion nous invitons des investisseurs du monde, à savoir de l’Arabie saoudite, des émirats, d’Italie, l’Ukraine, la Russie, la Suède. Malheureusement, tous les investisseurs de ces pays ont vécu des expériences malheureuses, ce qui a donné une mauvaise réputation sur le climat d’affaires en Algérie qui dispose d’une réforme juridique impénétrable qui n’encourage pas l’investissement, ce qui influe sur notre économie et le climat d’investissement. Nous avons toujours sollicité les pouvoirs publics d’innover le système pour avoir, notamment une réforme juridique transparente et une réforme bancaire flexible. C’est bizarre qu’un investisseur, à l’ère de la haute technologie, ne peut pas transférer 200 euros à partir de son téléphone mobile en période de crise de coronavirus, ce qui confirme les dires du Président de la République que nous n’avons pas de banques mais des caisses pour les gonfler d’argent et gagner en intérêts. Donc la réforme économique a besoin d’un changement radical pour pouvoir, surtout sur le plan juridique et bancaire, bénéficier d’un climat tractant  d’investissement.

 

Le Président de la République a annoncé un nouveau plan de relance économique, est ce que vous avez participé à étoffer ce plan par des recommandations dans ce sens ?

Nous faisons souvent des recommandations puisque nous organisons périodiquement des forums et des séminaires relatifs à l’investissement même en temps de la crise sanitaire. Malheureusement aucun représentant du gouvernement n’a  assisté  jusqu’à ce jour, alors qu’à chaque évènement, nous invitions tous les acteurs et opérateurs concernés par le thème choisi. Durant le confinement dû à la pandémie de coronavirus, nous avons organisé un forum via vision-conférence avec la participation de 69 pays et en présence de 56 experts internationaux. Nous avons vu la contribution du chef du gouvernement ukrainien, l’homme d’affaire jordanien Talal Abou Ghazala, le président de l’agence d’investissement et développement du Cameroun (APID). De même la présidente de l’agence de développement de Rwanda qui a exposé l’expérience de son pays dont l’économie est aujourd’hui florissante. Il était parmi nous aussi le représentant d’une grande organisation d’investissement chinoise (CCPAT) qui accompagne l’investissement et les investisseurs de son pays à l’étranger. Dommage pour nous, aucune initiative n’est prise pour saisir les opportunités dont le pays recèle par excellence. 

 

Est-ce que les corps constitués comme la douane et la police des frontières sont impliqués dans les réformes pour jouer leur rôle convenablement et réussir le challenge avec la mise en place des zones franches ?

Ces corps doivent jouer leur rôle décemment, notamment avec l’ouverture des zones franches. D’ailleurs, aujourd’hui, ces corps ont prouvé leur savoir en la matière avec l’Union Européenne, ce qui veut dire qu’ils sont aptes aux nouveaux mécanismes pour faciliter l’échange économique entre les pays et avoir un impact conséquent sur l’emploi. Par ailleurs, le Président de la République veut installer des banques à l’étranger mais la question qui se pose : qui va accompagner cette volonté politique ?  La crise a été bénéfique en quelque sorte pour l’Algérie par rapport aux autres pays voisins. C’était l’occasion pour nous de changer notre système de gestion archaïque, en évitant la bureaucratie et aller vers la numérisation comme ça se fait dans le monde entier.

L’Algérie d’aujourd’hui n’a qu’un seul choix, d’aller vers la diversification économique et mettre fin à la dépendance de la manne pétrolière. Cette dernière est très importante aussi pour l’économie nationale en matière d’énergie mais elle ne doit pas rester la seule source d’argent en devise. Nous pouvons saisir d’autres opportunités dans différents secteurs tels que l’agriculture et les perspectives de développement dans ce secteur sont variées. L’ensemble de ces actions doivent être inscrite dans la feuille de route pour inviter l’ensemble des acteurs et intervenants de différentes structures à travailler selon les nouvelles orientations politiques.

 

Lors de votre dernier point de presse, vous avez parlé de perspectives d’investissement étranger à hauteur de centaines de millions de dollars. Est-ce que ces opérateurs sont toujours en quête d’investir en Algérie ?

Les investissements étrangers sont de l’ordre de milliards de dollars. Or, l’investisseur cherche d’abord la sécurité, un système juridique stable et quand il fait rentrer son argent il veut le faire sortir quand il veut sans lui imposer des mesures obsolètes pour le faire fuir le pays. Je suis parmi les personnes qui  réclament souvent que pour développer l’Algérie, il faut diversifier son économie avec plusieurs nationalités. Notre intérêt est de ne pas être dépendant d’un autre pays ou d’une seule source économique. Pour se faire, nous sommes contraints à diversifier l’économie nationale à travers deux aspects essentiels, une visibilité à court, moyen et long terme et une feuille de route « transparente » et sélectionner les priorités. L’agriculture doit être parmi les priorités du pays vu qu’elle est intégrée à tous les autres secteurs d’activité économique. Nous allons organiser, d’ici le mois de novembre, deux évènements économiques importants, le premier est dans l’agriculture avec la participation des structures internationales pour le financement des projets agricoles comme les startups et les pépinières. Nous pouvons avoir un financement qui dépasse les 800 millions de dollars d’un fond arabe, et il y a d’autres structures de la Hollande, l’Ukraine et le Mexique qui veulent financer d’autres projets en agriculture. Le 2éme, concerne le système bancaire avec la participation des banques internationales dont l’Algérie a refusé leur investissement, à l’exemple de la banque islamique de développement.

 

Etes-vous satisfaits des démarches du gouvernement actuel ?

Il y a quelques actions menées par gouvernement actuel pour progresser mais il est confronté à des résistances, certains lobbys dans les hautes sphères ne veulent pas que l’Algérie fasse un pas pour le changement et qu’on doit rester enfermé et dépendant, c’est l’occasion pour nous d’aller vers la numérisation et tracer notre feuille économique par priorité comme l’agriculture, le tourisme, l’artisanat et booster les startups pour mieux développer l’économie nationale. Nous vous annonçons qu’il va y avoir bientôt une percée politique, les prochains jours et qui sera suivi par d’autres sur tous les plans.

N.A

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