Le coup de blizzard s’installe dans la durée

Algérie-France

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Par Arezki Louni 

«Concernant le président français, je ne lui répondrai pas. Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien», a lancé Abdelmadjid Tebboune, le 16 décembre, alors qu’il venait d’être fraîchement installé au Palais d’El Mouradia.

 

Une déclaration qui semble être restée en travers de la gorge des hautes sphères du gouvernement français. Les relations, entre Alger et Paris marquées par le sceau des passions du passé, ont de tout temps évolué en dents de scie. Le coup de blizzard entre les deux capitales semble s’être installé dans la durée. Cette fois-ci, c’est par tube cathodique interposé que la France s’attaque à l’Algérie. Après une émission diffusée sur la chaîne publique France 24 au sujet d’une aide médicale chinoise, c’est au tour de France 5 et de la toute officielle chaîne parlementaire (LCP) d’enfoncer le clou. La diffusion à la télévision française de documentaires sur le mouvement (Hirak) a déclenché la colère d’Alger qui n’a pas hésité à rappeler Salah Lebdioui, son ambassadeur à Paris, pour consultations. Ainsi, suite à la programmation la veille de deux films, «Algérie, Mon Amour» (2020) et «Algérie : Les Promesses de l’Aube» (2019), respectivement sur la chaîne du service public France 5 et La Chaîne parlementaire (LCP), la tension s’est installée entre les deux pays. Pour Alger, «le caractère récurrent de programmes diffusés par des chaînes de télévision publiques françaises (…), en apparence spontanés et sous le prétexte de la liberté d’expression, sont en fait des attaques contre le peuple algérien et ses institutions» dont l’armée, s’est offusqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Sur les réseaux sociaux, des activistes du Hirak s’en sont offusqués par le fait que les auteurs du reportage réduisent le mouvement populaire en Algérie, à une simple affaire de frustration juvénile. Ce mouvement, qui d’ailleurs continue d’être cité en exemple à travers le monde, est mal perçu par les hautes autorités françaises qui, à la veille du 22 février 2019, prédisaient un bain de sang. Par ailleurs, ce mouvement d’essence pacifique n’a rien à voir avec celui des gilets jaunes qui constitue un point noir dans l’histoire de la France. Sur un autre chapitre, Alger considère que l’activisme de certains milieux hostiles à l’Algérie,  dévoile leurs intentions malveillantes et durables de certains milieux qui ne souhaitent pas l’avènement de relations apaisées entre l’Algérie et la France». Il convient de rappeler qu’en début avril déjà, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait été convoqué au ministère  des Affaires étrangères après des déclarations tenues par un intervenant sur la chaîne internationale France 24, à propos de l’aide médicale chinoise, propos qui avaient fortement déplu à Alger. «L’ensemble des médias jouit d’une complète indépendance rédactionnelle qui est protégée par la loi en France», a répété jeudi le Quai d’Orsay, en assurant que «la France respecte pleinement la souveraineté de l’Algérie». Cependant, ce que M. Driencourt feint d’ignorer c’est que les mêmes chaînes au nom de la liberté d’expression observent le silence radio quand il s’agit de dénoncer les crimes commis par Israël dans les territoires palestiniens occupés, et réclamer le «respect mutuel» dans les relations bilatérales. Il est somme toute, clair que le changement de conception des relations entre Alger et Paris, notamment après l’investiture du nouveau président Tebboune, a déplu aux milieux politiques et médiatiques dans l’Hexagone, d’autant plus que ces derniers craignent de perdre à jamais les avantages engrangés sous les Bouteflika.

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