Le deux poids deux mesures de la France

Réparation des victimes des essais nucléaires en Algérie

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Par Arezki Louni 

Les essais nucléaires français en Algérie n’ont pas livrés tous leurs secrets. Dans une conjoncture marquée par la relance du dossier de la mémoire entre Alger et Paris, des voix s’élèvent pour demander à la France de reconnaitre ses crimes contre l’humanité en 132 ans de colonisation. 

 

Encore une fois deux experts français en désarmement ont appelé, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, le gouvernement français à collaborer avec les autorités algériennes afin que soient retrouvées les matières radioactives enfouies dans le sud algérien en conséquence des 17 essais nucléaires effectués par la France. « Plus de cinquante ans après le dernier essai nucléaire français au Sahara, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables. Il est temps de déterrer les déchets provenant des 17 essais réalisés entre 1960 et 1966 par la France au Sahara, pour assurer la sécurité sanitaire des générations actuelles et futures, préserver l’environnement et ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’Algérie et la France », plaident Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin. Les deux experts rappellent le deux poids deux mesures affiché par la France à l’égard de ses victimes en Algérie, alors qu’en ¨Polynésie, les dégâts environnementaux et sociaux de ces essais ont été pris en compte. Affirmant  qu’ « un travail de réparation a été entrepris », en Polynésie, les deux experts  déplorent le fait que l’Algérie n’ait pas bénéficié du même traitement. Ils relèvent que la présence sur les sites des essais de matériel contaminé par la radioactivité « volontairement enterré » et de matières radioactives (sables vitrifiés, roches contaminées) issues des explosions nucléaires présentes à l’air libre reste un sujet « tabou » en France. Cette présence engendre des « risques sanitaires importants pour les populations locales, les générations futures, tout comme pour l’environnement », mettent en garde les deux experts qui ont réalisé une étude (publiée par la Fondation Heinrich Böll et disponible en ligne sur Icanfrance.org), qui dresse un premier inventaire de l’ensemble de ces déchets, radioactifs ou non, abandonnés par la France. « Avec l’adoption à l’ONU, par l’Algérie et 121 autres Etats, le 7 juillet 2017, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), la question des expérimentations nucléaires françaises trouve une raison supplémentaire de sortir du déni », estiment Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin. Des enfumades, à la torture, aux essais nucléaires, en passant par les massacres du 8 mai 1945, la France est appelée à assumer ses « crimes contre l’Humanité ». Des appels dans ce sens se succèdent de la part des ONG internationales. C’est le cas de  L’Organisation non gouvernementale internationale ICAN qui a lancé un appel pour « exercer une pression » sur la France en vue de « déterrer » les déchets provenant des explosions nucléaires effectuées dans le Sahara algérien afin d’assurer la sécurité sanitaire des générations actuelles et futures, et préserver l’environnement. « Le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables. Il est temps de déterrer les déchets provenant des essais nucléaires réalisés entre 1960 et 1966 par la France au Sahara pour assurer la sécurité sanitaire des générations actuelles et futures », est-il relevé dans une contribution publiée sur le site internet officiel (icanfrance.org) d’ICAN (International campaign to abolish nuclear weapons). Sous le titre « Sous le sable la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie », cette Organisation qui lutte en faveur de l’abolition des armes nucléaires, a estimé que le déterrement de ces déchets permettra de « préserver l’environnement », mais aussi « d’ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’Algérie et la France ».  Pour rappel, entre 1960 et 1966, la France a effectué cinquante-sept (57) expérimentations et explosions nucléaires, à savoir quatre explosions aériennes dans la région de Reggane, treize explosions souterraines à In Ekker, trente-cinq essais complémentaires à Hammoudia, dans la région de Reggane, et cinq expérimentations sur le plutonium dans une zone à In Ekker, située à 30 km de la montagne où ont eu lieu les essais souterrains.La première explosion a été réalisée dans la région de Reggane le 13 février 1960, avec une puissance variant entre 60.000 et 70.000 tonnes de TNT. Cette bombe est cinq fois plus puissante que celle lancée sur Hiroshima, selon les experts. 

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