Le marché du livre peine à se renforcer

Malgré l’engouement du 24e Sila

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Si l’on devait mesurer le succès de ce 24e Sila (Salon international du livre d’Alger) au nombre de ses visiteurs, ce serait incontestablement une véritable réussite. Par contre, si l’on devait prendre la mesure de cet évènement de son point de vue économique, l’optimisme mesuré, tant le secteur du livre reste indéniablement fragile. En effet, lors de ce dernier salon, l’afflux du public n’augure en rien une augmentation réelle du chiffre d’affaires des éditeurs. Certes, force est de reconnaître que ce salon représente une forte opportunité pour mieux se faire connaître, et augmenter d’une manière substantielle les ventes. Mais ce succès relatif ne doit pas nous faire oublier les problèmes dans lesquels sont empêtrés les éditeurs algériens.

 

L’euphorie que peut porter ce salon est incontestable. Sa renommée tant nationale qu’internationale en a fait un moment important, sinon essentiel dans le marché du livre. Toutefois, beaucoup d’éditeurs disent que le marché du livre arrive tant bien que mal à se maintenir, mais qu’il subit la pression très forte d’internet. Selon un sondage réalisé en 2018 au 23e Sila, par l’Institut Immar Algérie, 75% des personnes sondées affirment utiliser internet pour s’informer et se cultiver. Maître Google y est pour beaucoup.

Reste que si le support numérique n’a pas fait de percée marquante en Algérie, le support papier peine à percer. Les éditeurs se plaignant disent que l’engouement apparent des Algériens pour la lecture n’est qu’apparent. La brièveté des moments et l’accélération de l’information font passer la lecture de loisir au second plan. Ajouté à cela des réseaux sociaux qui vous résument un livre en quelques lignes, plus besoin alors de vouloir se procurer l’œuvre en question.

De plus, pour un éditeur de l’Est algérien, la version papier dans notre pays souffre énormément d’un manque de considération, en sus d’un réseau de distribution défaillant pour ne pas dire inexistant.

Le manque de considération envers les éditeurs est à relever car c’est justement l’un des principaux griefs, qui a été émis par une vingtaine d’éditeurs qui ont boycotté cette édition du Sila.

Déjà que pour eux, hormis la visibilité que peut donner cette vitrine, les retombées économiques ne sont pas aussi importantes que l’on pourrait croire. Ces éditeurs, qui sont des membres de l’Onel (Organisation nationale des éditeurs de livres) dénoncent les frais de participation trop lourds à supporter.

Selon eux, il est évident que le Sila «cumule les problèmes majeurs pour les éditeurs nationaux. Le fait est qu’il favorise, d’une part, les éditeurs étrangers au détriment des nationaux, et favorise, d’autre part, les importateurs de livres que les véritables professionnels du secteur, qui prennent le risque d’éditer localement.

Quant à la distribution, celle-ci est un vrai problème. En effet, des membres de l’Onel affirment qu’il faut attendre des mois pour pouvoir placer un auteur qu’ils éditent. Le fait est d’autant plus marquant que les rares librairies qui existent deviennent cette denrée rare que tout le monde convoite. A titre d’exemple, ces éditeurs avancent qu’il n’existe pas plus de 50 librairies sur tout le territoire qui vendent des livres littéraires. La crise est accentuée aussi du fait que le livre est cher en Algérie.

En effet, dans les travées du salon, le public est présent, il s’enquiert du prix mais peu se décident à procéder à l’achat, même si dans l’enquête de Immar Algérie, 77% des sondés affirment avoir acheté des livres au Sila, et 55% soutiennent aussi que les prix sont élevés

Les éditeurs locaux se plaignent de l’opportunisme des importateurs dont les activités ne sont que conjoncturelles et qu’ils ne participent en aucune façon à l’émancipation des lecteurs algériens

S’agissant de cette présente édition, selon son commissaire, cette manifestation culturelle se rapproche de son quart de siècle. Aux premiers rangs dans le monde arabe, en Afrique et en Méditerranée, le Sila a connu une avancée constante en nombre de visiteurs et de participants, couvrant quatre continents et réalisant des performances remarquables. Cette année, c’est le Sénégal qui a été mis à l’honneur.

Par Réda Hadi

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