«Le Président doit travailler vite à rétablir la confiance chez les chefs d’entreprise»

Abderrahmane Hadef, expert économiste au «Chiffre d’Affaires»

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Dans cet entretien, l’expert en économie et consultant en business en développement, Abderrahmane Hadef, a livré sa vision sur les chantiers à entreprendre en urgence par le Président fraichement élu, en l’occurrence Abdelmadjid Tebboune. En effet, il est impératif de travailler rapidement à rétablir la confiance auprès des chefs d’entreprise ainsi que l’ensemble des intervenants dans la sphère économique tels que les responsables des banques et institutions financières, les administrateurs et autres responsables locaux. Ainsi, le nouveau locataire d’El Mouradia est appelé a dévoilé sa stratégique économique pour un renouveau, dont les maîtres mots seront cohérence, performance et innovation.

LCA : Selon vous, quels sont les mécanismes à entreprendre en urgence pour relancer la machine économique du pays ? 

 

Abderrahmane Hadef : Avant de répondre à cette question, je souhaite dire que la première chose la plus importante pour le nouveau président de la République est d’ordre stratégique. Le Président est appelé à dévoiler sa vision économique pour un renouveau qui placera le pays sur le chemin du progrès. Une vision Smart qui sera déclinée par la suite en plan opérationnel. Les maîtres mots seront cohérence, performance et innovation. Une stratégie qui donnera de la visibilité à tous les acteurs en relation avec l’acte économique des nationaux et étrangers. Ainsi, les objectifs seront orientés vers la création de la richesse et non sur la distribution et la capture la rente.

Pour revenir à votre question par rapport aux mesures d’urgence, je citerai en premier, l’impératif de travailler rapidement à rétablir la confiance chez les chefs d’entreprise ainsi que l’ensemble des intervenants dans la sphère économique tels que les responsables des banques et institution financières, les administrateurs et autres responsables locaux.  Il faut commencer par reprendre le dialogue avec les organisations patronales, les Chambres de commerce ainsi que les partenaires sociaux pour leur expliquer la vision du nouvel exécutif et les objectifs à atteindre à très court terme principalement, la reprise de l’activité économique avec une cadence normale. 

Parallèlement, il y a lieu de mettre en place une cellule nationale d’écoute pour recueillir les appréhensions et les attentes des opérateurs économiques pour pouvoir les aider à relancer leurs activités. A cet effet, il serait bienveillant de penser à mettre en place un système de moratoire (suspension pour une certaine période) des dettes fiscales et parafiscales pour permettre aux entreprises de sortir un tant soit peu de l’asphyxie dans laquelle elles se trouvent actuellement, travailler dorénavant sur une loi de finances complémentaire qui viendrait alléger la pression fiscale avec la révision de certains impôts et taxes (exemple de IRG-IBS et la TVA), faciliter plus l’accès au financement dans le cadre des besoins en investissements nécessaires au bon fonctionnement du secteur industriel. Aussi, le nouveau gouvernement serait appelé à soutenir certains secteurs tel le BTPH qui peut à son tour avoir une répercussion sur d’autres filières, à relancer leurs activités à travers un minimum de plan de charges tiré par la commande publique. En même temps, il faut assainir la situation des travaux impayés pour pouvoir soulager la trésorerie des entreprises. En outre, les pouvoirs publics doivent soutenir une relance de la consommation à travers des mécanismes de financement bancaires pour les ménages bien sûr en tenant compte du pouvoir d’achat pour ne pas se retrouver dans des situations de surendettement.

 En attendant la récupération de l’argent détourné, et devant la rareté des ressources financières, quelles sont les options susceptibles pour financer les projets économiques et de l’habitat ?

 

Avant de parler de l’origine des ressources pour financer les projets économiques, à mon sens, il est urgent de faire un audit sincère et fidèle des finances publiques. Le bilan doit se faire de façon rigoureuse et objective. Il faut en finir avec la politique de maquillage des comptes et donner un état des lieux exact.  

Comme expliqué plus haut, aujourd’hui, la vision économique doit primer par rapport à la démarche purement administrative. Le choix des projets et leurs financements doivent répondre à des impératifs économiques à travers un Business Plan clairement élaboré. 

Pour revenir à votre question, je pense qu’actuellement et avec ce vent de changements, l’Etat est appelé à se désengager de son rôle de grand investisseur dans des secteurs comme le BTPH, le tourisme ou bien l’Industrie, et céder la place progressivement au privé. Il est important de commencer dès à présent à réfléchir sur des montages financiers pour répondre aux besoins en investissements desdits secteurs. L’Etat doit se concentrer sur des secteurs à caractère social tel que l’éducation nationale et l’enseignement supérieur, la santé, la sécurité etc. 

Par ailleurs, aujourd’hui il est nécessaire, voire impératif de développer le marché financier, à travers une réelle dynamisation de la Bourse et du marché hypothécaire. L’épargne doit être encouragée et valorisée pour devenir une solide option pour le financement de toute l’économie. Sans oublier, bien évidement, le marché monétaire, où il faut travailler sur la convertibilité totale du dinar et mettre fin à toute cette spéculation et à l’anarchie actuelle du marché des changes.  

Le nouveau Président compte réduire la facture d’importation davantage, la production nationale est-elle en mesure de répondre aux besoins des Algériens ? Et comment faire pour réduire la facture des services ?  

 

Déjà le dossier du commerce extérieur doit être étudié et analysé dans le détail.  Dans votre question vous évoquez le mot «besoins», à cet effet, je me permets de poser la question suivante : y a-t-il vraiment aujourd’hui une source fiable qui peut nous renseigner sur les besoins exacts des biens et services que nous devons importer pour compléter notre production nationale ? À mon humble avis, la réponse est non. Donc, il faut déjà identifier nos besoins pour pouvoir nous projeter sur une éventuelle démarche de gestion des importations qui devront être dorénavant des appoints et non l’essentiel de nos besoins, y compris dans la partie matière première. Ceci s’applique aussi à la facture des importations des services, personnellement, j’ai toujours dit que l’Algérie devait avoir une balance positive en termes des services. C’est un secteur que nous pouvons développer à l’export plus facilement et qui ne nécessite pas de lourds investissements et moyens surtout en logistique si on le compare à celui des biens. Malheureusement, l’Algérie continue à être déficitaire et consommatrice des services importés et à grande échelle.   

Quelles sont les mesures appropriées à prendre en urgence pour relancer l’investissement local et attirer des IDE ?

L’amélioration de l’attractivité de notre économie pour les investissements locaux et étrangers (IDE) passe par deux points essentiels, à mon sens : 1- La dé-bureaucratisation de l’acte économique et plus particulièrement l’acte d’investir. Pour cela, j’avais proposé à maintes reprises la création des conseils locaux pour l’économie et, par conséquent, décharger l’administration  de la gestion des affaires économiques. 2- La stabilité juridique et sur ce point, je demande carrément la suppression du code d’investissement qui doit dorénavant être le droit commun.

Entretien réalisé par Zahir Radji 

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