Authenticité et sécurité des documents administratifs: Le Sceau de l’Etat n’est pas protégé

Noureddine Si Ahmed Directeur de la Société de Sécurité des Documents Professionnels (SDP)

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Entretien réalisé par Naima Allouche
Comment protéger nos documents officiels et professionnels de toute falsification avec les nouvelles technologies et conserver l’authenticité de ces documents, était l’objet du journal e chiffre d’affaires ce la rencontre avec M. Noureddine Si Ahmed, lors de de l’émission «Débat Economique » du journal Le Chiffre d’Affaires. M.Noureddine Si Ahmed est Directeur de la SDP, une entreprise spécialisée dans la sécurité des documents professionnels avec des moyens de haute technologie, depuis plus de 15 ans. Pour permettre à l’Algérie de rejoindre les rangs des pays développés en haute technologie de sécurité, des offres innovatrice ont été proposées par la SDP aux institutions nationales sensibles à la fraude, à savoir, les ministères des Finances, de la justice, de la santé, etc. mais aucune réponse n’a été obtenue jusqu’à ce jour. Les perspectives prometteuses des pouvoirs publics d’aller vers la numérisation pour une Algérie nouvelle, pousse le premier responsable de la SDP à confirmer sa demande, en en passant par la vulgarisation de cette culture technologique afin de mettre fin à la falsification. 

 

LCA : l’Algérie, à l’image des autres pays, est confrontée à une calcification inquiétante des documents officiels et professionnels, comment prendre des mesures adéquates face à ce phénomène ?

Noureddine Si Ahmed : En Algérie plus de 90% des documents professionnels et officiels ne sont pas sécurisés et aucune option de sécurité n’est appliquée, à part, les billets de banque, le passeport et la carte biométrique. Ce qui veut dire que tous les documents professionnels et officiels ne sont pas à l’abri de la falsification. Si on touche aux documents administratifs comme l’extrait de naissance, l’acte de mariage, le livret de famille, etc. aucune option de sécurité n’est apposée sur ces documents. Pis encore pour les documents notariés, comme la procuration, contrat de vente ou d’achat, qui sont non seulement ils sont élaborés sur un papier simple mais aussi avec un cachet ordinaire et sont donc exposés facilement à la fraude, c’est pourquoi nous sommes en pourparlers avec les notaires pour conserver ces documents juridiques. Pareil pour les autres documents professionnels, les diplômes, les certificats d’études, les bulletins de paie, les attestations de travail, etc. aucun document n’est sécurisé en Algérie jusqu’à ce jour et il est falsifiable facilement. Parce que le papier ordinaire qu’on utilise aujourd’hui n’est plus sécurisé et la technologie a crée d’autres modèles de papiers sécurisés plus fiables destiné à n’importe quelle administration.

 

Pourquoi l’Algérie n’a pas opté pour la gestion électronique pour sécuriser les documents ?

Aucune réponse officielle n’est donnée par les pouvoirs et centres de décision jusqu’à maintenant. Peut être, c’est une question de culture. Depuis plus de 15 ans que nous travaillons dans ce domaine et nous avons touché toutes les administrations pour les sensibiliser sur les dangers de la falsification des documents professionnels. En contre partie, nous leur proposons des solutions avec des outils de haute technologie. Nous avons fait même le porte à porte, nous avons organisé des séminaires et des journées d’information mais aucun entendant jusqu’à maintenant à part quelques exceptions à l’image de quelques notaires qui ont opté pour cette solution pour sécuriser les documents officiels mais cette opération n’a pas été généralisée à la chambre des notaires et on ne sait pas pourquoi et pourtant nous sommes toujours en contact et en pourparlers.      Nous allons prochainement proposer notre service au ministère de la Justice et Garde des Seaux qui est aussi un secteur très sensible. 

 

Est-ce que vous avez essayé d’inculquer cette culture aux citoyens ?

Pour le citoyen non, pour l’administration oui, nous avons mis à la disposition de toutes les administrations qui travaillent avec le seau de l’Etat des modèles d’outils de protection des seaux avec des exemples concrets, outre l’organisation des journées de démonstration.  Actuellement nous sommes en train d’envoyer des courriers pour préparer des séminaires et des journées d’information et de formation afin de les soutenir dans la démarche vers la numérisation. Toutes les institutions nationales et entreprises peuvent envoyer leurs délégués afin de les former sur la façon de protéger un registre de commerce, un chèque sur le support papier sécurisé, une attestation de travail, un diplôme professionnel, etc.        Tous ces documents peuvent être fait dans l’immédiat parce que nous avons acquis une grande expérience en la matière et nous sommes prêts à faire même avec les moyens du bord. Nos outils de travail comme les ancres sont prêts, l’impression aussi mais reste maintenant la décision des décideurs. Généralement notre travail se distingue par les outils qu’on ajoute sur les documents pour les sécuriser comme les ancres, les cachets invisibles, outre les autres outils mis à la disposition de la demande du client, la SDP peut protéger tous les documents administratifs, à titre d’exemple, les chèques de banque , les attestations de travail, les certificats de résidence. Tout ça peut se faire avec les moyens que l’entreprise SDP peut importer et remodeler ici en Algérie pour mieux protéger ces documents.

 

Quelles sont les institutions avec lesquelles vous avez travaillées jusqu’à maintenant ?

Jusqu’à maintenant je peux dire qu’il y a que quelques répondants à notre offre. Quelques notaires à titre privés sur plus de 14000 ou 20000 notaires exerçant sur le territoire national, c’est pourquoi, nous avons préféré signer une convention globale avec la chambre nationale des notaires mais il n’y a pas eu de réponse officielle jusqu’à ce jour. Nous allons refaire notre demande au ministère de la justice parce qu’il y a une structure chargée du notariat à son niveau. Aussi nous allons toucher les huissiers de justice qui eux aussi sont concernés par la sécurisation des documents puisqu’ils délivrent des attestations qui sont exposées à la falsification ainsi que les traducteurs officiels.                                                    En 2011, nous avons organisé un séminaire où nous avons invité toutes les institutions nationales, de la présidence jusqu’à la petite structure sensible à la fraude. Presque tous les représentants de tous les secteurs étaient présents mais aucun contrat officiel n’a été signé par quiconque institution pour conclure ce travail très important dans la vie professionnelle ou privée de chacun de nous.

 

Cela veut-il dire que nous ne sommes pas en mesure de faire un pas vers la numérisation où nos décideurs préfèrent garder le statu-quo?

Je ne sais pas si nos décideurs sont disposés ou non mais de notre coté, en tant qu’entreprise spécialisée, nous sommes prêts à passer à l’action, en attendant la prise de décision. D’après nos contacts avec les responsables, notamment ceux des banques, notre travail est bien consenti, reste maintenant la prise d’engagement ou la décision et nous ne savons pas où se situe le pouvoir de la décision qui est dispersé dans les rouages de l’administration. La décision doit se faire pour permettre à cette technologie de prendre sa place dans l’administration et en finir avec la fraude qui fait ravage dans tous les secteurs avec des centaines, voire des milliers de documents falsifiés.

 

D’après vous, est ce qu’on va continuer à travailler dans l’anarchie ?

Moi je ne l’appelle pas anarchie mais l’administration est dépassée, car le document sur support papier reste important mais il n’y a pas d’outils nécessaires pour le sécuriser. Donc le fraudeur en possession d’un document avec cachet délivré de n’importe quelle structure administrative peut le scanner et le confectionner juste avec une machine de scanner et de gravure, ce qui veut dire que tous les documents sont exposés à la fraude de la petite attestation de travail jusqu’à un diplôme universitaire, à part les documents qui se confectionnent actuellement avec la haute technologie tel que le passeport et la carte biométrique. Dans toutes nos administrations, tout est exposé à la falsification et aucun document n’est à l’abri. Les fraudeurs peuvent facilement solder un compte bancaire avec une procuration ou un chèque falsifié parce que la culture de la sécurisation des documents n’est pas élargie et aucun contrôle ne peut se faire rigoureusement sans la possession et la maitrise des nouvelles technologies. A cet effet nous nous sommes préparés à organiser des séminaires et des rencontres d’information et de formation pour toutes les entreprises pour leur dire qu’il y a des solutions pour protéger leurs documents de la falsification et comment protéger le seau de l’Etat qui se trouve partout dans les administrations officielles et qui n’est pas lui aussi à l’abri de la falsification. 

 

La haute technologie a permis aussi le développement de la contrefaçon à un point qu’on ne peut plus distinguer entre le document original et le falsifié ?

Si nous prenons l’exemple des emballages, nous pouvons toujours identifier un produit original d’un autre falsifié. Nous pouvons toujours protéger chaque emballage par des outils de sécurité spécifiques à chaque produit que le consommateur peut détecter facilement l’original du faux.                                   Pour le chèque par exemple nous avons deux méthodes pour le sécuriser soit un chèque délivré par la banque avec un cachet invisible et au niveau de l’encaissement il suffit juste de le soumettre sous ultraviolet pour vérifier qu’il est apposé par un responsable banquier et le chèque client nous pouvons le protéger par une griffe spéciale client. Nous avons fait déjà cette démonstration aux banques et à l’ABEF mais sans aucune suite et nous sommes restés toujours avec l’utilisation d’un chèque avec un papier ordinaire et un cachet facile à falsifier et les banquiers peuvent nous confirmer que chaque jour il y a des centaines voire des milliers de chèques falsifiés qui circulent au niveau de leur administration.

 

De ce fait, nous ne pouvons pas évaluer le préjudice de la fraude en Algérie ?

Il n’y a que les banques qui peuvent faire le travail d’évaluation des fraudes qui se passent souvent à leur niveau. Un chèque fraudé coûte des milliards à la banque, c’est quoi cette sécurité qui coûte peut être 10 fois moins face au préjudice. Un chèque falsifié peut coûter tout le capital d’une banque. Pareil pour les autres institutions très exposées à la fraude comme la douane, les impôts, la poste et autres structures qui gèrent de l’argent. Notre offre est d’innover et de créer le système de sécurité avec des outils de haute technologie, en créant par exemple une série de cachets pour conserver la traçabilité de documents grâce au développement technologique. il suffit pour un fraudeur d’un scanner et d’une imprimante pour faire un travail frauduleux en dupliquant la photo du cachet existant sur n’importe quel document ou chèque ordinaire pour détourner des milliards ce qui crée des trous énormes comme dommages et atteintes à l’image de ladite administration. Notre objectif est de faire face à la fraude surtout à l’ère de la nouvelle Algérie, en introduisant les nouvelles technologies pour protéger nos documents et pour se faire, nous comptons faire de nouvelles propositions et des offres créatrices aux ministères des Finances, de la Justice et de la Santé et qui seront les premières structures à sensibiliser en premier lieu. 

 

La crise de la pandémie de coronavirus a poussé les gens à travailler à distance. Est ce que l’Algérie est en train de faire un pas vers la numérisation ?  

Si cette décision sera prise et élargie comme action forte, de notre part, nous sommes prêts à aller de l’avant de cette action. D’ailleurs, nous sommes, aujourd’hui, sur la sécurisation de la traçabilité des documents des psychotropes parce qu’il y a eu une loi, en ce début de l’année dans ce sens. Nous avons réalisé des ordonnances sécurisées avec le conseil national des ordres de pharmaciens (cnop). Actuellement nous sommes en train de préparer un modèle d’une ordonnance pour le ministère de la santé avec un cachet spécial pour les médecins et il n’y a que le pharmacien qui peut détecter l’authenticité de cette ordonnance. Nous sommes au courant qu’il y a beaucoup de falsification d’ordonnances pour l’achat des psychotropes et les revendre. Maintenant si le médecin qui prescrit l’ordonnance, il va apposer son cachet spécial. Des petites réunions ont eu lieu avec les responsables au niveau du ministère, en attendant d’officialiser la demande. Aller vers la numérisation du système devient une obligation pour l’Algérie pour être au diapason des autres pays. Je me rappelle que lorsque nous avons commencé la saisie des documents de l’état civile, l’Etat a mis les moyens essentiels pour aller vers la gestion numérique de l’état civile et les  erreurs ou lacunes qui ont eu lieu à cause de la non formation des agents en charge des dossiers, ont été rectifiées sur place. Aujourd’hui, nous sommes appelé à faire pareil pour conserver l’authenticité de nos documents et la décision revient aux décideurs pour mettre fin à la fraude. Aussi, c’est une question de moyens humains et matériels que les pouvoirs publics doivent mettre à la disposition des services concernés pour réaliser ce projet dans un délai bien déterminé.

N.A

 

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