Les gâteaux de l’Aïd trôneront sur la table malgré la pandémie du coronavirus

Oran

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La préparation des différents gâteaux traditionnels est l’un des faits caractérisant généralement les derniers jours du Ramadhan en perspective de la célébration de l’Aïd El-Fitr que les familles algériennes ne manquent pas de confectionner ou d’acheter mais cependant, cette année, la pandémie du Covid-19 vient bouleverser les habitudes.

La célébration de cette fête, cette année, revêt en effet un caractère exceptionnel en raison de la propagation du coronavirus et du confinement partiel instauré dans toutes les wilayas du pays pour prévenir contre cette pandémie.

Comme d’habitude et depuis longtemps, l’Oranaise, comme toutes les femmes du pays, travailleuses ou au foyer, ne manque pas l’occasion de la fin du jeûne pour exceller dans la préparation des gâteaux de l’Aïd durant les derniers jours du Ramadhan, ou de passer commande chez des pâtissiers spécialisés dans les gâteaux traditionnels ou chez des particuliers activant dans leurs propres foyers.

 La pandémie bouleverse les habitudes

La pandémie du virus corona et le confinement partiel, décrété dans les différentes wilayas du pays, ont entraîné la fermeture des commerces des pâtissiers causant des changements dans les habitudes des ménagères concernant la confection des gâteaux.

Imane, professeure d’anglais dans le cycle moyen à haï El-Othmania (ex-Maraval) à Oran, indique que «le Ramadhan a été exceptionnel cette année car nous n’avons pas vraiment ressenti la saveur habituelle de ce mois sacré, notamment avec les restrictions des déplacements et la fermeture des mosquées pour éviter la propagation du virus corona».

«La saveur habituelle de l’Aïd, notamment dans la préparation des gâteaux, sera touchée à son tour par ces circonstances exceptionnelles que personne ne prévoyait et n’a jamais imaginé», a-t-elle ajouté.

Personnellement, a affirmé Imane, «je ne sens pas l’arrivée de l’Aïd. Je pense que, cette année, ce sera seulement un jour où nous rompons le jeûne sans aucune ambiance festive, car la maladie s’est propagée et a entraîné la disparition de nombreuses personnes».

«Contrairement aux années précédentes, je me contenterai de la préparation d’un seul gâteau juste pour le +fel+ de l’Aïd (bon augure). Le cœur n’y est pas», soutient-elle non sans regret.

De son côté, Wassila, jeune infirmière à l’hôpital «1er Novembre» d’Oran, indique que l’Aïd, cette année, a eu un goût un peu spécial, car elle l’passée au travail, en raison de la conjoncture sanitaire spéciale que le pays traverse.

Pour elle c’est la première expérience, car elle avait pris l’habitude de préparer elle-même différents types de gâteaux de l’Aïd, à tel point que sa mère a refusé de préparer le moindre gâteau. La jeune fille et son frère, médecin, ont été absents le matin de cette fête, tous deux mobilisés avec leurs camarades dans la lutte contre le coronavirus. «La maison est restée vide sans nous», a-t-elle regretté.

De son côté, Chaïmaa, femme au foyer, estime difficile d’imaginer l’Aïd El-Fitr sans gâteaux, car cette année, la situation est exceptionnelle.

«Nous ne pourrons pas le célébrer comme par le passé, mais c’est l’Aïd et nous devons l’accueillir comme il se doit», estime-t-elle, signalant qu’elle n’a confectionné que trois gâteaux traditionnels, et en rajoutera un ou deux autres spécialement pour les enfants, car ils seront privés de sortie le jour de l’Aïd.

 

Des commandes via Facebook

«L’Aïd, c’est la joie», une expression dans la bouche de plusieurs femmes questionnées par l’APS, la pandémie ne les empêchera pas de profiter de l’Aïd et de se surpasser dans la confection des gâteaux les plus délicieux.

L’espace virtuel et les réseaux sociaux foisonnent de pages spéciales pour les commandes et les offres présentées aux clients potentiels de gâteaux de différents types. Les femmes qui travaillent encore dans ces conditions sont les premières à passer les commandes sur les réseaux sociaux, en raison de la fermeture des magasins spécialisés dans cette activité depuis la première semaine de Ramadhan.

Souad, qui travaille dans une agence d’un opérateur de téléphonie mobile, indique que depuis quatre ans, elle commande les gâteaux traditionnels chez une dame, qui a ouvert une page Facebook dédiée à ce profil.

Seulement, cette dame ne peut pas satisfaire toutes les commandes de ses clientes en raison des restrictions relatives au confinement, en plus de la nécessité de garantir un maximum d’hygiène et de respecter les mesures de distances sociales.

Une «virée» dans ces pages spéciales gâteaux de l’Aïd, on peut constater une hausse des prix et une forte demande des clientes, sachant que les prix varient de 800 à 2 500 dinars le kilo, en fonction du type de gâteaux et des ingrédients.

Amel gère une page Facebook dédiée aux «gâteaux oranais traditionnels et modernes». Contactée par l’APS, elle indique que la demande, cette année, a augmenté de manière conséquente et connaît un regain d’activité en cette période de l’Aïd, notamment durant les 10 derniers jours de Ramadhan. «Le reste de l’année, c’est la léthargie, à l’exception de la saison des mariages», ajoute-t-elle.

Amel, qui organise les mariages et les fêtes d’anniversaires, relève l’augmentation des prix pratiqués cette année. «La cause réside dans la cherté des ingrédients et la rareté sur le marché de certains produits comme la farine, les amandes et les arachides, ce qui a engendré une hausse des prix des gâteaux, en plus des frais de livraison en raison du confinement», explique-t-elle.

 Commandez par téléphone

Quelques professionnels, en raison de la fermeture de leurs boutiques, ont fini par ouvrir des pages sur les réseaux sociaux pour recevoir des commandes. D’autres ont laissé des affichettes portant des numéros de téléphone, collés aux rideaux des boutiques pour d’éventuels clients.

Abdelkader, commerçant versé dans cette activité à Haï Salem, à Oran-est, travaille avec son épouse et son fils, tous deux diplômés dans cette spécialité. Il indique que «la situation actuelle a été dictée par les circonstances actuelles de la pandémie du coronavirus et nous essayons de nous acclimater avec».

«Nous avons lancé ce projet il y a une décennie. Chaque année, nous prenons les commandes de nos clients durant les 15 derniers jours de Ramadhan et nos clients les récupèrent un ou deux jours avant l’Aïd», explique-t-il, ajoutant que «pour cette année, en raison de la fermeture du magasin, nous avons laissé un numéro de téléphone pour nos clients pour qu’ils puissent passer commande».

Abdelkader signale que «les commandes, cette année, sont moins nombreuses et nous n’avons pas proposé un grand choix de gâteaux car nous travaillons à la maison, ce qui n’est pas très approprié par rapport au grand magasin».

Plusieurs magasins connus à Oran ont affiché sur les rideaux de leurs magasins des numéros de téléphone et des adresses de pages sur les réseaux sociaux à leurs clients pour qu’ils puissent les contacter et passer leurs commandes de gâteaux traditionnels de l’Aïd El-Fitr. Cette année, malgré la joie du jeûne et la joie d’El-Iftar, d’aucuns pensent que les gâteaux auront «un goût amer».

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