«L’Etat ne doit plus vivre au-dessus de ses moyens»

Amar Belhimer

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Le gouvernement de Abdelaziz Djerad, qui a hérité d’une situation précaire et délicate dont tous les voyants sont au rouge, est appelé à prôner une nouvelle politique de gouvernance et une gestion prudente, tout en rationalisant les dépenses. Autrement dit, le train de vie de l’Etat doit être adapté aux moyens du pays. 

 

En effet, le nouveau gouvernement, qui vient de décrocher le quitus du Parlement (APN et Sénat) pour la mise en œuvre de son plan d’action, veut sortir du système rentier, informel et bureautique, dira, dans ce sens, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Amar Belhimer.  Il a précisé que le gouvernement engagera des réformes structurelles notamment dans le domaine financier et travaillera à l’instauration d’un renouveau économique.

 «Le financement des projets en Algérie se fait jusqu’à présent par les réserves de change procurées des exportations du pétrole, or la demande de pétrole n’a jamais été aussi  basse depuis 10 ans. Nous avons aujourd’hui encore 60 milliards de dollars avec un différentiel de 10 milliards en 2019. Si vous êtes un rentier, vous dites que j’ai encore de la marge pour financer les besoins du pays sur deux ans… Ce n’est pas l’intention du plan d’action du gouvernement. Notre programme vise à sortir du système rentier», a expliqué M. Belhimer qui s’exprimait sur les ondes de la Radio nationale «Chaîne III».

Afin d’atteindre cet objectif, ajoute-t-il, l’Etat encouragera les secteurs à fortes valeurs ajoutées, à l’instar des filières de transformation. «Notre système de relance sera focalisé sur la production nationale et sa promotion. Pour cela, nous devons d’abord combattre les lobbys d’importations qui freinent l’émergence d’une véritable industrie locale», a-t-il souligné.

Évoquant les réformes à entreprendre par le gouvernement, le porte-parole du gouvernement a évoqué trois chapitres, le premier concerne la réforme financière, le deuxième un renouveau économique et troisième concernant la lutte contre le chômage.

S’agissant de la réforme financière, M. Belhimer a énuméré la réforme de la fiscalité et l’élargissement de l’assiette fiscale, tout en instaurant un nouveau règlement budgétaire avec la réhabilitation de la règle d’or : «L’Etat ne doit plus vivre au-dessus de ses moyens. On doit impérativement adapter nos dépenses avec les capacités du pays». A cela s’ajoutent, poursuit-il, la nécessité d’aller vite vers une bancarisation accélérée dans le but de capter l’argent de l’informel et de l’injecter dans l’économie nationale et également le développement de la formation statistique. «Sans une information précise et fiable, on ne peut rien projeter», a-t-il dit. 

Quant au deuxième chapitre, à savoir le renouveau économique, M. Belhimer a estimé qu’il faut encourager les activités à forte intensité du travail et de recours aux ressources locales.  Au sujet de la lutte contre le chômage, le gouvernement veut des solutions durables et non administratives et d’en finir avec les emplois précaires. Toutefois, le porte-parole du gouvernement a estimé qu’il faut une réforme en profondeur du climat des affaires, en donnant des garanties pour l’investisseur  et de la stabilité juridique. A une question sur la restitution des capitaux détournés à l’étranger, le porte-parole du gouvernement reconnaît qu’il sera «difficile de récupérer l’essentiel de cet argent». C’est parce que, explique-t-il, «nos oligarques investissent leur argent surtout en France» où la loi «hypocrite» évoque la possibilité de récupérer les capitaux détournés, non pas pour les restituer aux pays d’origine, mais pour les verser dans le Trésor public français ou dans un fonds destiné à financer éventuellement l’Agence de coopération et d’aide au développement. Le gouvernement ne compte pas, pour autant, baisser les bras, «n dispositif sera mis en place sous l’autorité du ministère de la Justice», a-t-il conclu.

Par Zahir Radji

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