«Notre objectif est de partager le gain avec plus de 850 femmes dans une ambiance conviviale»

Sid Ali Lahlou, général manager de la «Maison Lahlou du couscous»

2 5 534

Entretien réalisé par Naima Allouche

Pour rester fidèle à une tradition gastronomique ancestrale, la famille Lahlou a fondé en 1999 une «Maison dédiée au couscous. L’objectif de la «Maison Lahlou» est de faire la promotion à ce plat symbolique avec toutes ses variétés. Elle rassemble à son niveau «des mains de fée» qui roulent le couscous manuellement avec beaucoup d’amour, de patience et de soin. Grâce à la «Maison Lahlou», le couscous est devenu une source de revenu (un salaire) pour plusieurs familles algériennes et plusieurs enseignes commerciales ont opté pour le «couscous Lahlou».

Aujourd’hui, la «Maison Lahlou» est de renommée internationale, elle a obtenu plusieurs Prix et récompenses pour la préservation de ce plat identitaire de l’Algérie et de tout le Maghreb. Le général manager de la Maison Lahlou, Sid Ali Lahlou, l’invité de l’émission «Débat économique», a profité de cette opportunité pour parler du couscous et ses vertus. Il est à noter que M. Lahlou est aussi président de l’Association nationale des produits de terroir.

 

LCA : Pouvez-vous d’abord nous parler de la Maison Lahlou ?

Sid Ali Lahlou : je suis l’initiateur de cette activité artisanale et ancestrale. L’idée m’est venue en tant que chef cuisinier  l’année 1999.  Sans tergiversations, j’ai fait appel à tous les membres de la famille qui se sont mis tous à l’activité et nous avons commencé l’aventure, d’abord avec le couscous ordinaire c’est-à-dire roulé à la main. Par la suite, nous avons développé une variété de couscous du terroir, à savoir le couscous de l’orge, l’origan, etc. En 2004, je me suis rapproché des responsables de Riadh El Feth pour en faire de ce plat «une journée du couscous» et tout le monde a adhéré à cette idée. Mon objectif était d’organiser une journée nationale de dégustation du couscous et de sauter sur cette opportunité pour promouvoir le couscous roulé manuellement et faire la différence entre le couscous traditionnel et l’industriel. Cette journée ayant connu un franc succès a été instaurée comme journée nationale où toutes les wilayas participent et exposent leurs variétés de couscous où excellent les femmes algériennes pour sa préparation. Ensuite, je suis allé voir le ministère de l’Artisanat pour proposer la fête nationale du couscous. Ayant obtenu l’acquiescement, la fête est maintenue et elle a eu lieu en 2005 au village natal de mes parents en guise de remerciements, c’est parce que c’est là-bas qu’a germé cette idée «folle» de couscous avec les femmes du village. Lors de cette journée, il y a eu la participation de 18 wilayas du pays et c’était vraiment la fête. D’autres éditions s’ensuivirent, et par la même occasion, nous étions invités par le ministère du Tourisme pour aller participer au concours du couscous et représenter officiellement notre label algérien. Lors de notre représentation, nous avons décroché et gagné le Premier Prix.           

 

Vous avez introduit auprès de l’Unesco, une demande d’attribution au couscous le label de patrimoine culturel immatériel de l’humanité, pourquoi ? 

Voilà, c’est la très bonne nouvelle, notre couscous est dès lors reconnu comme patrimoine immatériel culturel de l’Unesco, j’ai fait un témoignage sur ce plat magique qui se partage entre les pays du grand Maghreb. A cet effet, les pays du Maghreb ont chargé l’Algérie pour préparer le dossier de labellisation de cette denrée millénaire et originale.  Ce plat amazigh est jusqu’à ce jour le préféré des Algériens qui le mangent pendant les fêtes ou autres circonstances… C’est la femme berbère qui a préservé ce plat et qui mérite des «félicitations. C’est grâce à elle que le couscous est devenu un plat universel. La Maison Lahlou a fait un effort pour faire sortir ce plat de l’ombre et nous travaillons aujourd’hui sur 19 variétés de couscous, sur un ensemble de plus de 500 variétés dont la plupart se cache encore dans les terroirs des femmes berbères. C’est une recette typiquement amazighe et c’est pourquoi lors de la célébration de Yennayer, le Nouvel an Berbère, toute l’Algérie prépare son plat couscous et souhaite une bonne nouvelle année, car Yennayer est aussi un calendrier agraire et l’Algérien est un homme agriculteur de sa nature. Aujourd’hui, nous sommes en train de contribuer pour labéliser d’autres produits de terroir, à titre d’exemple, l’huile d’olive, l’ognon et l’ail original qui poussent sur nos terres et qui sont très sollicités à l’international. Pareillement, aux dattes et figues figue sèche et bien d’autres produits de chez nous.

Votre contribution à cet exploit historique est très appréciée et applaudie par tout le monde. Est-ce que c’est pareil sur le plan économique ?

Arriver à faire travailler des centaines de femmes et de la façon manuelle, ce n’est pas une tâche facile. D’ailleurs, aujourd’hui, nous faisons travailler des femmes de cinq (5) wilayas seulement et nous comptons sur l’extension pour valoriser cette richesse à travers le territoire national. Nous ne gagnons pas beaucoup avec le traditionnel, c’est juste la masse salariale et cette richesse de voir une femme gagner son dû dignement et avec fierté. C’est une valeur ajoutée pour l’économie nationale en faisant travailler des petits groupes dans le cadre de coopératives. D’ailleurs, l’économie à vrai dire avance avec ces très petites entreprises  que sont les TPE. Depuis la création de la Maison Lahlou, nous avons tiré bénéfice sur le plan économique, surtout avec la création des centaines de postes d’emploi. Il est clair que nous avons la possibilité de faire le couscous industriel et gagner plus. Notre objectif n’est pas de gagner de l’argent pour s’enrichir mais de le partager avec 850 femmes dans une ambiance conviviale. 

 

Est-ce que vous avez entamé l’exportation du couscous ?

En 2014, nous étions invités par l’ONU à Vienne en Autriche pour faire le couscous pendant toute une semaine et nous avons fait manger des centaines d’invités qui nous demandent chaque jour d’en refaire (le couscous). Depuis, nous sommes invités un peu partout à l’international pour promouvoir cette denrée vitale et originale de la famille algérienne. Le couscous pour moi est un grain «magique» qui se mange avec toutes les sauces pendant toutes les saisons et avec des goûts différents mais aussi succulents. Pour la Maison Lahlou, nous avons entrepris l’exportation depuis 2007, et ce, jusqu’à ce jour. Il est à rappeler que le couscous a voyagé dans les sacs de nos parents migrants, comme l’huile d’olive et les dattes. Donc, il est déjà connu, notamment en Europe où il y a une très forte demande de coucous. Actuellement, nous avons un énorme problème avec le ministère du Commerce qui a interdit l’exportation du couscous car à sa base, la semoule est subventionnée par l’Etat. Or chez la Maison Lahlou, le couscous est roulé avec de la semoule locale, c’est-à-dire c’est notre production de blé local. Nous attendons que ce problème trouve une solution rapidement pour reprendre l’exportation de notre savoir-faire. 

Vous avez signé récemment une convention avec la Chambre nationale de l’agriculture et l’Union nationale des ingénieurs agronomes pour l’accompagnement des projets agricoles, quel est exactement votre rôle dans ce créneau ?  

Certes, nous avons signé récemment une convention avec la Chambre nationale de l’agriculture et l’Union nationale des ingénieurs agronomes pour l’accompagnement des projets agricoles. Désormais, nous allons faire la campagne pour la promotion de nos produits et d’exhorter les Algériens à manger sain. Nous produisons la farine complète qui est bonne pour notre santé et non pas la farine blanche que nous importons de l’étranger. Nous avons actuellement les olives, les oignons, l’ail, le miel etc. Maintenant, il faut aller vers les process de conditionnement pour protéger nos produits soigneusement et efficacement.  Actuellement, nous sommes en train d’identifier les agriculteurs afin de réguler le marché, des fruits et légumes, qui souffre des intermédiaires et spéculateurs. Par la suite, il faudra mettre le label «made in Algeria» surtout que le consommateur local fait confiance à nos produits et la tendance dans le monde aujourd’hui, c’est la nourriture saine. La demande est très importante actuellement et c’est une aubaine pour nous de répondre à une autosuffisance alimentaire et sanitaire qui devait avoir lieu avec la création des petites entreprises agricoles et agroalimentaires.

N.A

2 commentaires
  1. Benmallem Yakout dit

    Bravo pour tout ce vous faites pour promouvoir la production nationale et artisanale en particulier
    Bonne continuation

    1. LCA dit

      Merci cher lecteur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.