Quelles réformes de relance de la production ?

Crise du secteur pétrolier en Tunisie

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Depuis la révolution, le secteur pétrolier tunisien connaît des revers, tout comme la majorité des secteurs de production d’ailleurs. Les employés et ouvriers dans différents secteurs  se sont mis à contester leurs conditions de travail et notamment leurs salaires, en arrêtant la production et réclamant une amélioration immédiate. Les manifestations et les sit-in se multiplient et affectent la production et certaines compagnies pétrolières subissent des déséquilibres de production, au point que certaines ont réfléchi, après 2011, à arrêter tout investissement futur en Tunisie. Mais depuis quelques années, la donne change et la confiance des opérateurs étrangers en ce site semble revenir avec force au point de partir à l’assaut de zones inexplorées.

La Tunisie dispose de ressources pétrolières très modestes en comparaison à ses voisins, elle essaye de les exploiter au maximum, afin de réduire les dépenses liées à la compensation des hydrocarbures. Et même si le secteur contribue à la création d’un bon nombre de postes d’emploi et permet la mise en place d’activités à plus forte valeur ajoutée, n’empêche qu’il fait face à plusieurs défis, notamment ceux relatifs au raffinage, à la distribution et à l’approvisionnement. Depuis la révolution, les manifestations et les sit-in se multiplient et affectent la production et certaines compagnies pétrolières subissent des déséquilibres de production. Mais pour Mohamed Ali Khelil, le PDG de l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap), 2020 est «l’année de la reprise ». Malgré les difficultés, les investissements dans le pétrolier se maintiennent. Et les entreprises du secteur continuent d’investir, tout en suivant de près le potentiel à long terme du pays.

La confiance reprend

Six permis d’exploration et de prospection ont été octroyés, et d’autres vont suivre d’ici quelques mois. Les nouveaux permis ont été accordés à trois compagnies (norvégienne, britannique et américaine) et couvrent les régions du Nord, du centre et du Sud. La société norvégienne «Panoceanic Energy Limited  a bénéficié de trois permis d’exploration, à savoir «Meteline», «Teskraya» et «Kef Abed» dans la région de Bizerte. La compagnie américaine «Hunt Overseas Oil» a reçu deux permis d’exploration baptisés «Hezoua» et «Waha» dans les régions de Tozeur et Kébili. Une troisième société, en l’occurrence la compagnie britannique «Upland» Ressources Limited, a pu avoir son permis de prospection dit «Saouaf» dans le centre du pays. Le coût de ces travaux de prospection est évalué à 42,2 millions de dinars, soit 13 millions de dollars. Ce montant pourrait atteindre 131,5 millions de dollars, l’équivalent de 427,3 millions de dinars, en cas de transformations ultérieures en permis de recherche.

Obtenues en six mois à peine, ces nouvelles concessions représentent une augmentation de près d’un tiers des 21 permis en activité en 2018 ( la Tunisie a connu une baisse des permis de prospection, ils ont été 52 permis en 2010). Autre chiffre significatif : les investissements dans le domaine de l’exploration sont passés de 72 millions de dollars, en 2018, à 254 millions, en 2019. Le pays profite de deux ans d’accalmie sur le front social. La production de pétrole dans le sud du pays, où se trouvent les principaux sites, avait été totalement bloquée à plusieurs reprises depuis 2017.

Actuellement, le nombre total des permis d’exploration pétrolière en cours de validité en Tunisie a atteint 25 à la fin de février 2020, dont 17 permis de recherche et 8 permis de prospection couvrant une superficie totale de 86 451 km2. Le nombre total de concessions est de 56 dont 41 en production. A travers l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap), l’Etat tunisien participe à 32 de ces concessions en production et à trois d’une façon directe.

Les opérateurs étrangers ne s’y aventuraient pas par hasard. Leur confiance en ce site semble donc revenir avec force au point de partir à l’assaut de zones inexplorées. C’est le cas du Norvégien «Panoceanic Energy Limited», qui part dans le nord du pays. Depuis 2015 et la découverte au large de l’Égypte du gisement de «Zohr», la Méditerranée est devenue un eldorado à prospecter.

On n’arrête pas de dire, selon plusieurs sources, que la Tunisie est une région sous-explorée. Cela se confirme lorsqu’on regarde de près la politique de l’Etap qui vise à valoriser et à mettre à niveau ses données géologiques. «Nous cherchons à promouvoir et à vendre nos sites davantage à l’international par le biais des chambres de commerce mixtes, notamment vers l’Asie, où sont les nouveaux marchés», assure le PDG de l’Etap. Pour lui, les sociétés déjà présentes ne sont pas en reste. Cet intérêt que portent les investisseurs étrangers fait démentir ceux qui prédisaient un départ des sociétés étrangères après l’amendement du Code des hydrocarbures, en 2017, qui exige le vote du Parlement pour l’obtention des permis. Selon plusieurs sources, «la Tunisie n’a jamais connu une telle frénésie d’exploration depuis les années 1970, époque où les géants de l’exploitation pétrolière étaient sur place et avant d’estimer qu’il n’y avait plus rien à découvrir».

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