Saïd Djellab prend les choses en main

Gaspillage du pain

0 49

Il est patent que l’Algérien consomme d’une manière effrénée le pain. Un comportement qui lui a fait prendre des habitudes néfastes, au point où le pain est devenu un véritable problème économique et civique.  C’est dans cette optique et face à cet impératif et dans l’espoir de mettre un terme, -sinon le diminuer au maximum-, que le ministre du Commerce Saïd Djellab a tenu ce jeudi à la Safex, la première réunion préparatoire de la campagne nationale de «Lutte contre le gaspillage du pain». 

 

Une réunion à laquelle ont pris part le président des associations de consommateurs, les responsables des associations des artisans et des commerçants et les représentants des secteurs concernés par cette campagne, à savoir les ministères de l’Intérieur, des Collectivités locales, et de l’Aménagement du territoire, de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, de l’Education nationale, des Affaires religieuses et des Wakfs, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Agriculture , du Développement rural et de la Pêche, de la Communication, de l’Environnement et des Energies renouvelables ainsi que le représentant du ministère de la Culture.

Saïd Djellab s’est montré d’emblée outré par les chiffres effarants du gaspillage du pain en Algérie, lors de l’installation de cette commission chargée d’élaborer et de présenter une feuille de route, fin novembre courant, sur la stratégie de sensibilisation à la lutte contre le phénomène de gaspillage du pain. 

Il faut savoir à ce sujet à titre d’exemple que durant le mois du Ramadhan, ce sont 80 millions de DA de pain jetés chaque jour dans les poubelles. Ce phénomène a pris une telle ampleur que c’est devenu une cause nationale. À elle seule, l’Epic Extranet a collecté plus d’un million de tonnes d’ordures ménagères en 2018, soit 100 000 tonnes de plus qu’en 2017.  

Le ministre a qualifié de «choquants» les chiffres relatifs au gaspillage du pain, lesquels s’élèvent à 340 millions dollars par an.

Dans le même cadre, il a fourni les informations selon lesquelles la consommation journalière du pain atteint 50 millions de baguettes, dont 10 millions gaspillés quotidiennement, ajoutant que ce chiffre passe à 13 millions de baguettes durant le mois sacré du Ramadhan.

Faisant état d’un million de tonnes par an de blé tendre utilisées pour la production du pain gaspillé, le ministre a rappelé dans ce sens que la subvention de l’Etat pour cette matière de large consommation est de 15.5 milliards de DA (120 millions dollars).

M Djellab a rappelé, à cet effet, que l’Algérie importait annuellement plus de 7 millions de tonnes de blé tendre d’une valeur de 1,6 milliard dollars et produit moins de 10% de ses besoins en cette matière, soulignant que 60% de cette quantité est destinée aux boulangeries comme un produit subventionné par l’Etat.

Rien que pour Alger, près de 200 tonnes de pain rassis ont été récupérées des décharges de la capitale durant l’année 2018. Plus de la moitié, soit plus de 105 tonnes, a été collectée dans les quartiers et les cités de 31 communes qui ont enregistré des opérations de relogement dans de nouvelles cités. Le reste a été «enlevé»  dans les centres urbains, communes «intra-muros» au nombre de 26 sur les 57 que compte la capitale. Cette quantité importante de pain jeté dans les poubelles l’année écoulée renseigne bien sur le gaspillage alimentaire abusif qui a pris l’ampleur d’un fléau dans la société.

Lors de cette réunion, le ministre de la Santé, Mohamed Miraoui, a insisté sur la nécessaire révision du mode alimentaire du citoyen, faisant observer que le blé tendre est le plus consommé en Algérie, et le principal ingrédient dans la production du pain. 

De son côté, le président de l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (ApocE), Mustapha Zebdi a appelé à doter la commission multisectorielle d’équipes de terrain qui se chargeront de signaler les établissements qui gaspillent le pain en vue de les sanctionner, avant de préconiser de trouver une alternative à la farine, améliorer la qualité du pain et réviser la marge des boulangers.

Il faut se rappeler que la décision de création de cette commission figurait parmi les instructions adressées par le Premier ministre, Noureddine Bedoui, lors de la réunion interministérielle, tenue le 4 novembre courant, consacrée à l’examen du programme de développement de la filière céréalière, notamment dans le Sud et les Hauts-Plateaux.

M Bedoui avait insisté sur l’impératif d’œuvrer à «la rationalisation de la consommation locale en blé tendre, à travers notamment la lutte contre le gaspillage dans la consommation du pain et à diversifier le mode alimentaire pour protéger la santé du citoyen».

 

Par Réda Hadi 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.