Tollé et inquiétudes des fabricants

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Paiement différé des importations de kits SKD/CKD

Le gouvernement a décidé fin mai, à la substitution au paiement cash des importations, actuellement en usage, le recours au différé de paiement de neuf mois, sans que celui-ci n’excède une année, s’agissant des opérations d’importations des produits électroménagers (les produits blancs et les produits gris) et de téléphone. Dans une lettre, l’Association des banques et établissements financiers, l’Abef, a informé ses clients de cette mesure  prise par les pouvoirs publics. 

Reda Hadi

Dans ce contexte, l’Abef précise que les importations «doivent être effectuées en FOB (Free on board)». Autrement dit, il incombera aux fournisseurs, et non aux opérateurs algériens de dédouaner la marchandise à l’exportation par voie maritime naturellement. «Les opérateurs doivent recourir, en priorité, aux capacités nationales de transport maritime, chaque fois qu’un tel choix est possible», précise la même note. Enfin, l’Abef indique que le règlement FOB des importations algériennes sera élargi à l’ensemble des importations «au plus tard le 31 décembre 2019».

La réaction des fabricants a été immédiate et les inquiétudes de voir leurs activités régresser sinon cesser restent grandes. Une situation jugée angoissante, selon le Collectif des fabricants de produits électroniques et électroménagers, qui a mis en garde contre la fermeture des usines de montage automobile en Algérie et la mise en chômage de quelque 40 000 travailleurs. Et cela rien que pour le montage automobile. D’autres secteurs sont aussi touchés par cette mesure.

Ce même collectif  affirme que la substitution du paiement cash des importations des kits SKD-CKD par un paiement différé de neuf mois, comporte différents risques, notamment un «manque à gagner» au profit des banques étrangères ainsi que la «cessation de la production début-décembre».

Ainsi,  suite au refus de la grande majorité des fournisseurs de se conformer au nouveau mode de paiement (paiement différé sur 9 mois), la quasi-totalité des opérateurs n’ont pas pu lancer les commandes de matières premières et de kits», d’où l’arrêt de la production.

Le gouvernement, quant à lui, justifie cette démarche par une rationalisation des importations.

Dans le détail de cette nouvelle démarche gouvernementale en faveur d’une solution susceptible de freiner la fonte accélérée des réserves de change, une première mesure, présentée au gouvernement par le ministre des Finances, Mohammed Loukal, plaide pour la rationalisation des importations des kits CKD/SKD destinés au montage automobile et à la fabrication des produits électroménagers, électroniques et téléphones mobiles. Le gouvernement semble se rendre compte que l’importation des kits CKD/SKD évolue crescendo.

Durant le seul premier trimestre 2019, le pays a importé 920,86 millions dollars de kits CKD/SKD destinés aux industries de montage automobile, en hausse de 21,41% par rapport à la même période en 2018. En 2018, ces importations avaient atteint 3,73 milliards de dollars contre 2,2 milliards en 2017, soit une très forte hausse annuelle (+70%). D’où l’impératif de nouvelles mesures de rationalisation défendues par le ministre des Finances.

La  démarche est sujette à controverse pour les fabricants et beaucoup affirment que parmi eux, c’est quelque peu la panique.

De ce fait, un «nombre considérable» de fabricants algériens se trouve, selon le Collectif des fabricants de produits électroniques et électroménagers, dans l’obligation d’arrêter la production même dans le cas où la note sera annulée d’ici début décembre.

«L’arrêt de production est inévitable et surseoir cette note peut seulement éviter cet arrêt sur le long terme», a-t-on soutenu.

Le collectif a, aussi, évoqué l’augmentation de la facture d’importation des produits électrodomestiques et téléphonie de 7 à 10%, en devise.

«Un nombre minime de fournisseurs a accepté le nouveau mode de paiement, mais ceci avec une hausse du prix variant de 7 à 10%. Cette augmentation doit couvrir les frais de leurs banques et assurances engendrés par ce type de paiement», a souligné la même source.

Le collectif met également en garde contre le risque de «perte ou de manque à gagner aux banques algériennes au profit des banques étrangères, car à travers un différé de paiement de 9 mois, l’opérateur algérien n’aura plus besoin du crédit d’exploitation auprès de sa banque algérienne».

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