Vers une politique publique de l’accès aux médicaments en Algérie

Santé

0 2 789

Par Abdelkader Hamadi et Younès Ferdj

Notre approche est plus englobante que celle de Dumoulin et al. Dans ce sens, elle est pluridimensionnelle. L’instrument d’action politique de l’accès aux médicaments ne s’est pas construit ex nihilo, bien au contraire, il a donc émergé d’une part de résultats empiriques puisés dans la littérature spécialisée dans les pays en développement notamment en Brésil et en Inde et d’autre part, des résultats de notre étude exploratoire. 

À l’issue de cette étude exploratoire, nous avons pu identifier des blocages politiques et institutionnels majeurs entravant la mise en œuvre d’une politique publique de l’accès aux médicaments.

Contexte de la recherche 

Les blocages institutionnels se situant à quatre niveaux d’accessibilité sont systématiquement abordés dans la littérature relative à l’accès aux médicaments dans les pays du Sud : sélection de médicaments essentiels, accessibilité économique, systèmes d’approvisionnement et les droits de propriété intellectuelle. Ces derniers apparaissent à l’heure actuelle comme étant un enjeu majeur de santé publique dans les pays en développement. Nous avons donc jugé qu’il est pertinent d’intégrer cette dimension dans notre analyse. Notre méthodologie combine alors quatre approches complémentaires. Premièrement, une approche historico-analytique ; deuxièmement, l’exploitation des rapports et des études des institutions nationales et internationales, troisièmement, des études de cas  et enfin des entretiens qualitatifs semi-directifs et ouverts d’une durée de 30 minutes à une heure dans la période allant de janvier 2011 à mars 2011 auprès de différents acteurs du médicament cités.

3.2- Échantillon et déroulement de l’étude

Des entretiens qualitatifs se veulent être un complément aux volets précédents afin de vérifier notre hypothèse de départ. Ces entretiens viennent donc illustrer et appuyer les enseignements tirés de l’approche historique. Les entretiens s’inscrivent dans une démarche de recherche empirique dans le but de comprendre les représentations que font les acteurs appartenant au secteur public et privé sur la notion d’accès aux médicaments.

Résultats et discussion 

Le rôle de chaque acteur public et privé sera longuement discuté en précisant les mécanismes de fonctionnement à chaque phase d’accessibilité ainsi que la nature des relations qui relient les uns aux autres. 

4.1- Mise en œuvre processuelle de l’instrument d’action politique 

Notre instrument d’action politique se réalise selon une dynamique processuelle reposant sur le fait de dérouler le processus, d’en décomposer les étapes en séquences qui prennent sens de façon cohérente et se succèdent sans se confondre (Mendez, 2010). L’approche processuelle d’analyse des politiques publiques ambitionne à rendre compte du caractère collectivement construit de l’action publique en intégrant deux dimensions : les actions et les acteurs dans le domaine de l’accès aux médicaments. La déclaration d’Alma Ata (1978) consacre le droit de participation de tous les acteurs dans le processus de réflexion et de mise en œuvre de politique publique. Nous lisons dans l’article 4 de ladite déclaration : «Tout être humain a le droit et le devoir de participer individuellement et collectivement à la planification et à la mise en œuvre des soins de santé qui lui sont destinés».

Ce droit fondamental est considéré comme le point de départ du processus politique qui met l’accent sur la dimension séquentielle tout en s’intéressant aux interdépendances qui existent entre acteurs à travers la négociation laquelle représente la trame de fond du processus politique d’accessibilité. Cet instrument répondrait mieux aux enjeux de satisfactions des besoins en médicaments en Algérie à la seule condition que la négociation constituerait la pierre angulaire. 

Cette négociation, qui se situe au niveau national reliant les acteurs nationaux publics et privés les uns aux autres, occupe une place centrale dans ce processus dans la mesure où elle assure l’enchaînement du processus. Nous soulignons le fait qu’à mesure que le mouvement de libéralisation de l’économie nationale s’accélérait, le pouvoir de négociation des acteurs publics s’est progressivement délité au profit des firmes multinationales. 

4.2- Vers sa mise en œuvre en Algérie

Nous examinons ces quatre séquences successives en identifiant pour chacune d’elle les blocages politiques et institutionnels. A la fin de chaque séquence, des actions à mettre en œuvre sont proposées pour pallier à ces obstacles. Afin de passer d’une séquence à une autre, il est primordial que les blocages de la séquence d’avant soient résolus complètement et collectivement et ainsi de suite.

La première séquence correspond à l’accessibilité qualitative de notre processus. Nous entendons par accessibilité qualitative dans cette séquence que le médicament mis à la disposition des malades doit être non seulement fiable sur le plan de l’efficacité et de l’innocuité, mais aussi reposant sur la sélection soigneuse d’une gamme limitée de médicaments essentiels.

L’accès qualitatif ne doit pas altérer l’état de santé du malade et doit contenir le bon principe actif, le bon dosage, être exempt de substance toxique et être efficace Gollock (2008). Nous distinguons deux catégories d’acteurs responsables de l’accessibilité qualitative en Algérie : ceux responsables du contrôle de la qualité du médicament et ceux de la sélection de médicaments essentiels. Les trois entités publiques responsables du contrôle de la qualité du médicament en Algérie sont : le Laboratoire national du contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP), qui travaille en étroite collaboration avec d’autres institutions actives dans le domaine de la santé : l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA). 

Ce dernier a pour mission de contribuer à l’amélioration de la santé humaine, en particulier face aux agents infectieux par la recherche biomédicale, les activités de santé publique, la formation, l’innovation et le transfert technologique. Il contribue ainsi à la promotion et la production des vaccins anti-infectieux.

L’Institut national de la santé publique (INSP) est un organisme placé sous tutelle du ministère de la Santé promouvant la recherche médicale et la publication des statistiques périodiques sur l’état de santé en Algérie. La Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) a pour mission d’approvisionner les hôpitaux publics en médicaments. Le Centre national de la pharmacovigilance et de la matério-vigilance (CNPM) dont le rôle est la prévention et la protection du consommateur algérien contre la consommation de médicament de mauvaise qualité se trouvant dans le circuit de vente, ainsi que la prévention des effets indésirables et la maîtrise de la dose. La seule entité publique en charge de la sélection des médicaments essentiels est la commission nationale de la nomenclature (CNN) qui malheureusement ne joue plus son rôle d’identification des médicaments selon le principe de dénomination internationale commune (DCI) depuis 1999 alors qu’un décret datant du 12 avril 2006, stipule dans son article 1er : «Le présent arrêté a pour objet de fixer les modalités d’établissement de la nomenclature nationale des produits pharmaceutiques à usage de la médecine humaine». Cet arrêté ne mentionne d’aucune manière le rôle de la CNN dans l’établissement de liste de médicaments essentiels dont elle pourrait très bien jouer un rôle de premier plan dans le choix des médicaments essentiels et établir les besoins en médicaments. Elle n’a pas rempli sa mission pour laquelle a été créé l’établissement de la liste de médicaments essentiels. Ainsi, elle n’a jamais fonctionné selon le principe de DCI. La tâche de coordination inter-comités, formant la CNN, semblait être la plus difficile à mettre en œuvre (Helali, 1997).

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.